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Le coin lecture...


L'éloge de la beauté selon David Foenkinos

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J'écris cette chronique comme à mon habitude après 22h, alors que je viens tout juste de refermer "Vers la beauté", le dernier roman de David Foenkinos, sorti le 22 Mars 2018. Un nouveau roman de David Foenkinos, c'est toujours un événement que j'attends avec une impatience toute unique.

 

Je vous le confesse sans honte, j'avais eu, pour la première fois depuis son premier roman, bien du mal à me plonger dans son précédent, "Le mystère Henri Pick". Lasse, j'avais capitulé en plein milieu, alors que je m'étais efforcée de l'atteindre. Ce sont des choses qui arrivent et c'est juste une affaire de goût.

 

Cette fois, la donne est totalement différente. Ce n'est pas un roman, c'est au-delà, de l'ordre du chef-d’œuvre. Un véritable coup de cœur, le même que j'avais eu pour "Charlotte", autre chef-d’œuvre absolu, pour d'autres raisons.

 

Si vous êtes habitués de sa plume particulière et reconnaissable entre mille, que vous avez en votre possession ce dernier-né et que vous ne l'avez pas encore lu, vous allez une fois de plus vous régaler. Si c'est la première fois que vous lisez cet auteur, vous allez devenir accro.

 

Pour moi c'est la plus belle histoire jamais écrite jusque-là dans sa bibliographie. Du premier au dernier mot, on ne peut tout simplement pas lâcher ce livre.

 

Il est difficile d'en dire assez pour donner envie aux autres de le lire sans tout de suite risquer d'en dire trop et gâcher le plaisir.

 

Mais je peux néanmoins dire qu'on se retrouve embarqué au cœur de l'histoire trouble de l'étrange Antoine Duris, professeur aux Beaux-Arts de Lyon, passionné par Modigliani. Empêtré dans sa relation de couple qui s'éteint, on comprend néanmoins mal la réaction de ce passionné d'art, Maître de Conférence apprécié de tous, lorsqu'il décide de tout quitter du jour au lendemain pour un modeste emploi de gardien de salle au musée d'Orsay, à Paris.

 

Certes on saisit vite son envie, voire son besoin vital de se faire oublier, mais pourquoi? Et puis, qu'est-ce qui le fascine tant dans ce portrait de Jeanne Hébuterne, dernière compagne de Modigliani?

 

Le destin tragique de cette femme dont il n'a de cesse d'admirer silencieusement la beauté sur cette toile, va faire qu'il croisera  la route de Mathilde Mattel. Puis on découvrira plus tard Camille.

 

Ce roman comporte réellement un avant/après, très net. Un avant et un après la découverte par le lecteur d'une tombe sur laquelle il est mystérieusement inscrit "Camille Perrotin 1999 - 2017", justement.

 

Si dans la première partie on se délecte de retrouver, en couleurs malgré tout, quelques marottes et autres notes de bas de page, des tics d'écriture, un prénom familier des lecteurs et lectrices assidu(e)s que nous sommes également (il me faut avouer que chaque fois que j'ouvre un de ses livres, ce sont ces éléments que j'espère toujours retrouver); dans la deuxième partie on bascule complètement dans la noirceur, la morbidité, la violence, la tristesse.

 

Mais dans l'intégralité du roman, c'est bien la beauté qui domine: la beauté des mots, la beauté des personnages, tant dans leur description physique que dans l'expression de leur psychologie et de leurs sentiments sous la plume de David Foenkinos. Même le tragique est d'une infinie beauté. Il n'y a qu'à lire cette scène d'une incroyable sauvagerie, que je ne révélerai pas, pour s'en convaincre. Ici aussi, l'auteur de génie sait mettre de la délicatesse dans les mots. Ç'en est presque incroyable. Je me suis demandé comment il réussissait ce tour de force, avant de me rappeler qu'il est, en tout cas pour moi, un de nos plus grands romanciers. C'est donc logique. Et il fallait au moins toute sa maestria pour écrire, décrire l'indicible de cette manière.

 

Pas un instant je n'ai pu imaginer ou prévoir l'histoire déchirante que mes yeux découvraient, ligne après ligne. Page après page, je suis assoiffée, je veux connaitre la suite. Je suis comme littéralement happée dans ce tourbillon littéraire. Jusqu'au fin mot de l'histoire, ce moment où l'on comprend tout, où le puzzle se recompose...

 

Alors c'est la stupeur qui domine. Je me suis surprise à voir clairement le visage des personnages, presque y mettre une voix, tant c'est si bien écrit. On souffre avec eux, on suffoque avec eux, on ressent tout avec eux, si bien que je suis parfois essoufflée, j'ai les yeux mouillés. Le destin croisé de ces personnages, que la beauté de l'art, mêlée à la bienveillance, sauvera momentanément ou sur un plus long terme, ce qui pourra mener à une guérison, ne peut laisser personne indifférent.

 

Dans "Vers la beauté", il y a un peu de "Charlotte" Salomon, un peu de "délicatesse" aussi. C'est violemment délicieux, ça se lit aussi vite qu'on prend son temps pour apprécier chaque mot, chaque tournure de phrase. Et comme à chaque fois, on est triste d'arriver à la fin. A ceci près qu'en plus ici on a du mal à reprendre son souffle et ses esprits. J'aurais voulu vous citer quelques phrases, mais comme d'habitude, le livre dans son entier est une citation à lui tout seul.

 

Tout comme l'écrivain en lui-même, en véritable Artiste, illustre parfaitement le postulat de départ de sa nouvelle histoire: la beauté de l'art, le sien en l'occurrence, peut sauver.

 

En effet, dans chacun de ses romans je me suis un peu ou beaucoup identifiée aux situations, reconnue dans l'un ou l'autre de ses  fabuleux personnages. A tel point que je me questionnais à chaque lecture: comment fait-il pour écrire ces belles histoires humaines, complexes et pourtant tellement ordinaires au fond, en s'approchant si près de mon vécu, de mes sentiments? Peut-il lire dans les pensées?! Hypothèse ridicule s'il en est! Reste que cela procure un bien-être, presque un soulagement, immense. Ce roman ne fait pas exception à la règle. L'écriture, l'art de David Foenkinos, est véritablement thérapeutique par sa beauté.

 

Jetez-vous (doucement!) sur ce roman et laissez-vous (em)porter. David Foenkinos est l'auteur que j'ai le plus chroniqué sur ce blog. Dites-vous que c'est tout sauf un joli coup du hasard...!

 

Après la déception toute personnelle de son précédent roman, qui contraste avec la nouvelle belle réussite en tandem au cinéma avec son frère Stéphane, avec qui il a réalisé "Jalouse", je suis heureuse d'avoir retrouvé la superbe d'un auteur qui ne cesse de se renouveler et surprendre, pour le meilleur et rien que pour ça...


06/04/2018
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Cali ou l'amour par-delà la mort...

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Il y a des livres qui, lorsqu'on les lit et selon ce qu'on vit, font autant de mal que de bien. C'est le cas pour le premier roman de Cali, intitulé "Seuls les enfants savent aimer", paru aux éditions du cherche midi le 18 Janvier 2018.

 

Pardon de paraphraser mais... "Si vous n'avez pas encore lu ce livre, je vous envie!" Vous aurez encore l'immense plaisir de la découverte.

 

J'avais, pour des raisons toutes personnelles, peur de me lancer dans cette lecture maintes fois repoussée. Et puis Cali est venu en parler dans une charmante librairie messine le 20 Mars. C'était il y a quelques jours et alors ça m'a convaincu de ne pas avoir peur de me plonger entre ces lignes. Avant cela, je n'avais rien voulu lire, rien voulu voir au sujet de ce livre, pour garder toute la fraîcheur de la découverte et ne pas me laisser influencer par tel ou tel papier, telle ou telle opinion.

 

"Seuls les enfants savent aimer", c'est avant tout le titre d'une chanson présente sur le dernier album de Cali, intitulé "Les choses défendues". C'est désormais le titre de son premier roman.

 

Maman. S’il est un mot magnifique dans notre langue, comme dans toutes les autres langues du monde d’ailleurs, c’est bien celui-là. C’est même le plus beau, je crois. Lorsqu’on ne peut plus le prononcer, ou quand on le fait mais que plus personne ne répond à l’appel, que le mot se cogne partout pour nous revenir droit dessus, c’est tout notre monde qui s’écroule, c’est toute notre vie intérieure qui s’arrête. Quel que soit notre âge. Mais bien plus encore lorsqu’on a six ans et que l'innocence enfantine domine.

 

"Seuls les enfants savent aimer", c’est l'histoire d'une quête d'amour, son histoire, sur une période qui couvre sa 6ème et 7ème année. Un petit garçon devenu le poète Cali, dont la plaie constituée par la mort de sa mère reste béante et avec lequel on souffre à chaque page.

 

Si Cali a toujours eu l’habitude dans ses chansons de livrer de façon plutôt brute les sentiments humains les plus profonds, positifs ou négatifs, grâce à son écriture vive et précise, on pouvait déjà aisément penser qu’écrire l’amour et la passion revêtait pour lui un caractère salvateur. En lisant son premier roman, j’ai confirmé cette impression qui ne m’a pas quittée, page après page : écrire ce livre a sans doute eu pour lui une dimension réellement cathartique.

 

J’ai compris avec encore plus d’acuité l’importance de son énergie sur scène, des mots justes et ciselés dans ses textes, qui sont, j'en ai toujours été convaincue, un bout de ce qu'il est. L’importance de ses sourires, de sa générosité, de son amour de l’Autre, de son attention prêtée à l'Autre. Je comprends toujours plus sa personnalité généreuse, humaniste et altruiste, son besoin furieux, irrépressible et sans fin de reconnaissance, d'attention, d'amour. En recevoir, oui, mais en donner aussi. Beaucoup, sans cesse. Je comprends encore mieux les sources d'inspiration qui ont donné naissance aux magnifiques textes de ses chansons. Je comprends mieux son regard bienveillant, tendre sur chaque personne qui croise sa route. Je comprends soudainement le sens profond des mots de chacune des dédicaces qu'il m'a faites au fil des rencontres avec lui. L’importance de ses slams, de sa douce proximité tactile avec nous, son public fidèle. Les slams sur le public, ça porte, ça berce, ça bouscule gentiment. Un public c’est maternant, quelque part. Il n’y a donc pas qu’un chien qui soit doux comme une maman...

 

En fait, en lisant ce livre, on comprend encore plus et encore mieux qui il est, pourquoi et comment il en est arrivé à être l'adulte qu’il est aujourd’hui. Quand on arrive au dernier mot de la dernière page, on a envie de pleurer, ce qu'on a fait durant toute la lecture du reste, on a les yeux mouillés, la gorge serrée. On aurait presque envie d’aimer les cons ou même son voisin, qu’on trouvait pourtant bien emmerdant jusque-là! Plus sérieusement, on a surtout envie d’appeler sa maman pour lui crier qu’on l’aime, lui dire "merci", "pardon" et plein d’autres trucs comme ça.

 

La mère, thème intemporel, universel par excellence, pourtant maintes fois mais magnifiquement écrit et chanté, est ici célébrée de manière unique. C’est bouleversant, déchirant. Alors on a aussi envie d’aimer et entourer Cali encore plus, si toutefois c’est possible. Après tout, un cœur d’admirateur (trice) ne se fatigue jamais d’aimer, il y a toujours l'énergie et la place pour ça. On a envie de lui dire bien droit dans les yeux qu’on ne le laissera pas, jamais, qu’on sera toujours là, qu’il mérite tout ça, toute cette belle vie. Cali… Câlin… A une lettre et un accent circonflexe près, on y est!

 

Cali fait ici prendre brutalement conscience que finalement, quand on perd sa maman, on reste ou on redevient soudainement un enfant devant cette perte irréversible, ce vide immense qui ne se comblera et ne guérira jamais. C’est une mort qui n’est pas la sienne mais dont on ne revient pourtant jamais non plus, ou plus tout à fait pareil. Cet écrit démontre l’importance du processus de deuil, de la parole, des actes posés, de l’échange entre membres d’une même famille.

 

Au fil des lignes que nos yeux parcourent, on suit les péripéties de ce petit garçon, coincé entre ses actes de petit garçon, ses bêtises, petites et grandes, et son inépuisable besoin d'amour maternel qui restera à jamais insatisfait, mais qu'il cherchera inlassablement partout, dans toutes les figures féminines qu'il croisera. Même auprès de cette petite chatte. Auprès de son père également, resté inconsolable et incapable de consoler. Ce père qu'il essaiera de protéger comme il peut et qu'il ne cessera jamais d'aimer, malgré toutes les maladresses. On ressent d'ailleurs tout l'amour que cet homme brisé porte à ses enfants, ainsi que l'amour que se porte la fratrie. On perçoit nettement l'importance non négligeable des grands-parents, comme un prolongement logique de l'amour parental.

 

On y croise l'importance de l'amitié, à l'image de celle, magnifique, exclusive, sans concession, qu'il va entretenir avec Alec, qu'on perçoit être pour lui un modèle, un idéal, qu'il met sur un piédestal.

 

Mais la vie du petit Bruno, c'est aussi... les filles! Et plus particulièrement la jolie Carol, qui n'a de cesse de chambouler tout son être.

 

Avec ce premier roman écrit à hauteur d'enfant, on pleure. Beaucoup. On s'émeut. Tout le temps. On rit. Parfois.

 

C'est superbement écrit, décrit, parfois violent, cru. C'est tout Cali. Les souvenirs, qui se confondent avec l'imagination enfantine, sont vifs, précis. Finalement les deux se mêlent, on ne sait ce qui a été inventé ou réel et dans le fond, on s'en fout. Parce que c'est juste beau, subtil. Et déchirant. Infiniment triste et déchirant.

 

Oui, ce roman est aussi brutal et triste dans son expression qu'il regorge de tendresse pour cette enfance, ceux qui l'ont habitée avec lui et que la vie lui a volée. On se met à sa place, on se rappelle les personnes qui ont perdu une maman autour de nous et même si, heureusement, la vie nous a préservé jusque-là de cette tragédie, on se dit qu'un jour, nous aussi, on aura à nouveau 6 ans...

 

Ce livre c'est, au-dessus du tragique, un hymne à l'amour des présents. Parce qu'en filigrane il y a malgré tout cette flamme de la vie qui brûle toujours, cette idée d'aimer et de dire l'amour à ceux qui sont encore là, tant qu'il est encore temps. Le dire partout, tout le temps, de n'importe quelle manière.

 

Je n'ai pas pu lire ce roman d'une seule traite. J'ai du faire des pauses. Parce que parfois c'est suffocant. D'amour, de bonheur, de désespoir.

 

Mais comme dans toute l’œuvre de Cali, il y a derrière la noirceur extrême l'idée de résilience, de reconstruction. C'est donc aussi un roman plein de futur, d'espoirs, de couleurs. Parce que l'enfance a cela de beau qu'elle renferme en elle tous les possibles. Elle ne s'interdit pas de revivre à nouveau, permet d'être à nouveau heureux. De recommencer. Ou plutôt continuer, autrement.

 

Je vous conseille mille fois de lire ces 189 pages. Parce que nous sommes tous, ou nous serons tous potentiellement concernés par cette perte, un jour. "Seuls les enfants savent aimer", du haut de son statut de roman, n'avait jusque-là aucune prétention. Pourtant je suis persuadée qu'il pourra aider celles et ceux qui ont perdu leur maman, qu'il leur permettra de libérer, apaiser quelque chose en eux. Et pour les autres comme moi qui ont la chance d'avoir encore leur maman, ce livre leur permettra de l'aimer toujours plus...

 

Parce que la mort arrache physiquement les êtres aimés. Oui. Mais elle reste à jamais vaincue sur un aspect: elle ne peut enlever ni l'estime, ni l'amour ou l'amitié que se portent deux êtres. En cela, la mort ne peut rien. La mort n'existe pas, définitivement...


23/03/2018
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Gaëtan Roussel dit au revoir... dans un livre

 

 

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Alors que je viens tout juste de vous parler de son nouveau projet musical Lady Sir, je vous avais dit que j'écrirais sur cette nouveauté littéraire. Magnifique nouveauté. Chose promise, chose due. Voici donc quelques mots...

 

Je connaissais bien sûr déjà l'écriture de Gaëtan Roussel par les chansons qu'il a écrites pour Louise Attaque, pour lui-même ou d'autres Artistes. Cette écriture ciselée, précise, percutante et d'une infinie poésie délicate. Aussi pudique que crue, aussi douce que violente, aussi éclatante que sobre. Cette écriture reconnaissable entre mille.

 

Les 20 courtes nouvelles qui se trouvent au cœur de "Dire au revoir" portent entre leurs lignes ces mêmes caractéristiques.

 

20 nouvelles comme autant de façons de dire au revoir. 20 trajectoires de vie avec ses protagonistes aussi forts que fragiles. Mais elles ont toutes un élément commun: l'amour, exploité sous ses aspects les plus divers.

 

Ce livre s'ouvre sur une citation de Leonard Cohen, que Gaëtan Roussel affectionne particulièrement. Pour l'avoir souvent entendu le dire lors d'interviews, je m'attendais à la trouver là, je l'espérais cette citation. Parce que c'est vrai qu'elle est belle et correspond parfaitement au livre.

 

Tout comme il disait aussi qu'il aimait mieux l'au revoir que l'adieu. "Parce que dans "au revoir" il y a "revoir"", disait l'Artiste. Y aurait-il là une certaine notion de l'éternité, de l'infini recommencement, de la perpétuité d'un lien qui pointe le bout de son nez?...

 

Ma lecture commence. Phrases courtes, brutes, sèches, qui claquent comme un fouet, phrases ou mots répétés, inversés même. J'adore ça. C'est brillant comme procédé. Il fallait y penser, ça ajoute véritablement de l'émotion. Les mots dansent, valsent, tourbillonnent, s'abattent. Une musique qui rythme cet ensemble se forme à mesure que ma voix intérieure recrache ce que mes yeux avalent. Ce sont des chansons de son vaste répertoire qui se rappellent à moi en fonction de ce que je lis et qui viennent alors s'immiscer dans mon esprit. Bel accompagnement!

 

Les mots répétés ne sont pas n'importe lesquels. On y trouve des prénoms et surtout le plus beau et doux mot de la langue française et du monde: maman. 

 

Dans cette prose qui souvent rime, il y a deux notions importantes, sans doute paradoxales, qui s'imposent dans chaque nouvelle, telle une obssession: le cadre et le mouvement. Et puis l'aujourd'hui, mais curieusement très peu d'hier et de demain. L'instant présent s'étire. La vie ne se vit donc bien que dans l'instant présent? La vie n'est-elle qu'un gigantesque instant présent?

 

Oui, dans ce livre il y a aussi des questions. Qui appellent ou pas une réponse. Qui font sérieusement réfléchir en tout cas.

 

Si on est un tant soit peu sensible, en soi comme à la poésie en général et à l'univers de Gaëtan Roussel en particulier, on ressort de cette lecture un peu bousculé et complètement séduit. Chacun, c'est sûr, y retrouvera un petit bout de son être, un écho à sa propre histoire. 

 

Encore une fois c'est un défi de plus relevé avec brio. Ce livre invite vraiment à se poser (les bonnes questions). J'espère voir réitérer ce genre de projet...


22/04/2017
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Dans l'intimité d'Elie Semoun

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Vous qui êtes fidèles au blog (du moins je l'espère!), vous l'avez sans doute lu dans cet article, le 8 Décembre dernier, j'ai revu Elie Semoun sur scène pour son spectacle "A partager". 20 ans ont passé depuis l'unique fois où j'avais eu la chance de le voir, mais je l'ai toujours suivi dans ses passages télé, j'ai toujours gardé intacts l'admiration et l'intérêt réel pour son travail.

 

En sortant ce soir-là, forte de la confirmation de l'idée que je m'étais faite de lui et des souvenirs impérissables qu'il avait laissés dans ma tête d'enfant, j'avais envie d'en savoir plus. Quoi exactement? Je n'en savais rien. Je n'avais pas d'envies et d'idées précises, moi qui ne suis pas de ces gens qui traquent les moindres détails privés. Sans doute aimerais-je ce que je pourrais seulement trouver. Son passage récent dans l'émission "Thé ou café" avait ouvert une voie. J'avais déjà aimé ses propos sur les différents sujets abordés.

 

En partageant avec lui quelques furtives minutes en fin de spectacle, j'avais en plus décelé certaines choses derrière son regard d'adulte resté un enfant. Cet espèce de regard qui m'a ému, qui dit tant de choses en silence et ne trompe pas quand on est un peu observateur. Mais qui êtes-vous, Elie?

  

Je n'allais pas tarder à le savoir. En cherchant un peu je tombe sur son autobiographie, publiée en 2013. Quoi?! Il a publié son autobiographie et je ne le savais pas?! Mais comment j'ai pu passer à côté, moi qui ne rate rien le concernant?!

 

Je l'ai donc commandée. Un bel objet, une belle couverture. Ça s'appelle "Je grandirai plus tard", mais ça aurait pu aussi s'appeler "Au-delà des apparences" ou "Derrière le masque". A l'intérieur, au centre, quelques pages illustrées. De jolies photos et des documents émouvants.

 

Et puis il y a les propos, son histoire. Une histoire douloureuse dont j'ignorais la majeure partie...

 

Ne vous attendez pas à lire un livre drôle. Dites-vous plutôt que vous aurez droit à un livre sensible, sincère, mélancolique, d'une profondeur que je n'imaginais pas. Elie Semoun n'élude rien: ni ses fautes, ni ses regrets. Encore moins ses blessures les plus intimes. Et Dieu sait qu'il n'y a rien de plus difficile que de mettre en mots le plus intime de soi, de ses pensées à des événements plus concrets.

 

Elie Semoun y parle aussi de ses passions que sont la musique ou la nature. Il y dévoile pudiquement, joliment mais de manière très forte ses amours, ses amitiés, ses liens familiaux.

 

Pour autant, ce n'est pas un livre niais, pleurnichard ou hypocrite. Rien n'est dit dans l'idée d'apitoyer, de vouloir "faire bien". S'il y a un endroit où l'Artiste laisse à la porte l'assurance artistique et l'humour qu'on lui connait, son ego aussi (bien que je n'ai jamais trouvé qu'il en fasse un usage indécent), c'est entre ces pages.

 

Au fil des chapitres qui défilent et tout au long desquels on garde sa voix et son visage espiègle en tête, alors que le livre offre une belle perspective pour apprécier son ascension, ses projets, ses habitudes de travail entre autres, se dessine le portrait d'un homme sensible, constamment dans le doute, le questionnement. Un homme courant après l'amour sous toutes ses formes, y compris l'amour le plus important dans une vie mais qui, hélas, ne viendra plus.

 

Voilà qui permettra, je l'espère, à ses détracteurs qui s'acharnent régulièrement, de se dire qu'il est juste un être humain, avec tout ce que ça comporte. Et qu'un peu d'ouverture d'esprit, de compréhension, d'empathie ne font aucun mal.

 

Entre les apartés de Sophie Brugeilles, qui a collaboré sur le livre, et quelques extraits de sketchs, certains passages m'ont vraiment soulevés le cœur, tant ils m'ont été insoutenables, petite éponge que je suis. Des passages où l'on plonge et souffre avec lui dans ses douleurs abyssales, qui semblent si incurables et dont on voudrait pourtant tellement l'en soulager. Mais peut-être est-ce aussi parce que beaucoup de ses propos ont fait écho d'une certaine manière à ma propre histoire, ma propre personnalité...

 

Comme une apothéose, la dernière page, écrite avec une force émotionnelle telle, ainsi que l'épilogue, vous laisseront véritablement cois...

 

Chères lectrices, chers lecteurs, si vous cherchez à lire l'autobiographie d'une personne qui vous étonnera autant par sa personnalité, multiple, que par son parcours professionnel, si vous souhaitez découvrir une personne talentueuse, vraie et attachante, c'est vers ce livre qu'il faut vous diriger! Offrez-vous cette plongée au cœur de l'âme humaine, qui parlera, j'en suis sûre, à bon nombre de gens. Parce que finalement, les joies comme les drames, sont universels...

 

Et si je peux vous donner un dernier conseil, lisez ce livre avec un des deux albums d'Elie (en attendant le prochain) en fond sonore. Il y a de si jolies pépites dessus que la lecture n'en sera que meilleure!


07/02/2017
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"Autobiographie d'une Courgette", de Gilles Paris

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Chers rêveurs, voilà une chronique que vous allez adorer! Du moins je vais tout faire pour, faites-moi confiance!

 

Le livre que je vous présente ce soir vient d'un auteur vivement conseillé par une amie lectrice, il y a plusieurs mois de cela: "Tu ne connais pas encore Gilles Paris?! Tu verras, tu vas adorer, je le sais! Lis vite ses livres! En plus c'est un homme absolument adorable!". Effectivement, en lisant le résumé du livre, je savais que l'histoire me toucherait, sans pourtant me douter complètement de ce que je pourrais y trouver.

 

Une première rencontre récente me permettra de remarquer que ce que Gilles Paris montre de lui dans l'univers virtuel et ce que mon amie m'en avait dit est en totale cohérence avec ce qu'il est réellement. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce trait de sa personnalité transparait dans ses écrits.

 

Je décide de me pencher enfin sur un de ses romans que j'ai en ma possession.

 

"Autobiographie d'une Courgette", c'est l'histoire d'Icare, mais tout le monde l'appelle Courgette. Il a 9 ans mais déjà une vie bien douloureuse à porter. Livré à lui-même, sa maman est alcoolique, lui crie dessus tout le temps et son papa "est parti faire le tour du monde avec une poule", selon les dires de sa maman qu'il répète et comprend ainsi. Un jour, un événement dramatique change le cours de sa vie, qui bascule. Son monde s'effondre: son cadre, ses habitudes, son entourage. Alors c'est toute une ribambelle d'enfants et d'adultes qu'on va découvrir autour de lui. Au fil du roman, Courgette va découvrir une nouvelle vie et de nouveaux sentiments.

 

Ce roman, c'est l'histoire d'une vie brisée, raccommodée progressivement aux délicats fils de tendresse et de patience déployées par les personnages que la Vie mettra sur sa route et qui feront office de pansements, presque de remparts au désespoir.

 

Gilles Paris a pris le parti de se mettre dans la peau d'un enfant de 9 ans pour écrire. Et je me dis que c'est une entreprise courageuse, osée, qu'il n'y a rien de plus difficile que ce style d'écriture. On peut vite tomber dans l'exagération, la caricature.

 

Après l'avoir lu, je peux vous certifier que Gilles Paris rejoint sans peine le cercle de ceux qui ont adopté un tel style avant lui avec brio, à savoir l'immense Raymond Queneau et sa petite Zazie, ainsi que Salinger et son grand dadais de Holden Caulfield. J'ose la comparaison parce que c'est celle qui m'est venue spontanément. Même si le niveau de langage et l'âge des personnages ne sont pas les mêmes, on est dans le même esprit. Et c'est juste magnifique.

 

Et qu'est-ce qu'on y trouve dans ce roman? Je vais vous dire que ça dépend de la façon dont vous l'avez lu. Je m'explique: ce roman offre la possibilité de deux positionnements pour le lire.

 

J'ai commencé par le lire avec à proximité un paquet de bonbons Haribo et un chocolat chaud. Histoire que mon âme et mes yeux d'enfant ne soient jamais très loin. J'ose d'ailleurs espérer pour vous que vous ne les ayez pas paumés en cours de route, moyennant quoi je vous plains vraiment. Autant dire que vous êtes foutus pour le restant de vos jours! La vie ne sera pas facile pour vous! Pour ma part, de cette façon j'ai beaucoup ri. Parce que le langage enfantin, écrit comme on parle, les mots répétés (le "et" en est un bel exemple), les expressions imagées d'adultes interprétées par l'imagination et la réflexion fertiles, farfelues et alambiquées des enfants, les bêtises enfantines, les gros mots, moi, ça me fait toujours rire. Et puis... C'est vrai... qui n'a jamais roté et pouffé après avoir bu une boisson gazeuse?! Que celui-là me jette la première pierre! Il est si drôle ce langage enfantin! Je ne saurai vous donner un exemple précis, tant le livre est un jardin de bons mots. "Tu fais chier, La Courgette!"! Voilà une phrase qui m'aura fait rire tout du long, tant j'entends cette petite voix enfantine la dire! Je visualisais le visage du personnage aussi, et c'était délicieux!

 

J'ai été très émue. Parce qu'au fur et à mesure que se sont égrainées les pages, je me suis rendue compte qu'un enfant, ça entend, voit et comprend la Vie avec une acuité bien plus grande qu'on ne peut le croire. ça comprend même des choses très profondes et implicites que les adultes ne voient pas ou plus. Ou pire, des choses qu'on cache aux enfants, croyant naïvement qu'ils n'y verront rien. Les plus naïfs ne sont pas ceux qu'on imagine, parfois... Je me suis rendue compte que la naïveté et la candeur sauvent. Les enfants peuvent bien traverser les pires épreuves, pour un peu qu'ils aient l'esprit rêveur et l'imagination débordante, ils voient toujours les choses avec de la couleur et de l'espoir. Mais ça, peut-être que par la force des choses je le savais déjà et que je ne voulais pas le voir... Allez savoir... De même qu'on peut leur faire subir les pires choses, ils auront toujours de l'amour au fond d'eux, spécialement à l'encontre de leurs parents.

 

Une fois que j'avais fini la lecture, j'ai arrêté de boulotter mes Haribo et ma tasse de chocolat était vide. J'ai su qu'il était temps de passer à une interprétation adulte de ce roman. Des Courgette, des Camille, etc... Ces situations... Et puis des z'éducs, des Madame Papineau et des Monsieur le Juge, j'en ai croisés pléthore pendant que j'étais étudiante assistante sociale. Ce roman m'a replongé dans un quotidien que j'ai connu de près, trop près peut-être, avec toute la violence que ça comporte. Au travers des mots d'enfants, avec pudeur, candeur et humour, on décèle pourtant très vite la dureté et la complexité de ces histoires de vie, de la violence de celle-ci qui frappe l'enfance, période importante, qui forme l'adulte de demain. Cette période sensée être la plus belle, la plus saine et la plus sécuritaire pour un enfant. ça a fait remonter chez moi des sons, des mots, des images. ça amène à un questionnement à la fois simple et complexe: l'enfance, par la naïveté dont je parlais, est-elle la période la plus propice au mécanisme de résilience? Cette période permet-elle de pouvoir tout pardonner? Peut-on, un jour, tout oublier? Ce roman devient alors une véritable chronique sociale de la violence quotidienne et malheureusement ordinaire.

 

Et c'est là où c'est très fort. Réussir à évoquer des actes des plus horribles, les indicibles horreurs touchant des enfants, en adoptant le positionnement d'un enfant, son langage, sa vision des choses... ça n'enlève rien à la violence, je dirai même que je l'ai ressentie comme exacerbée, ça la rend d'autant plus insupportable et révoltante, mais étrangement ça se lit plus facilement. Et parce que l'enfant dédramatise, on se laisse happer.

 

Au final, Gilles Paris signe un livre bienveillant, tendre, drôle, bien que la violence sous-tendue ne quitte jamais l'esprit du lecteur. La richesse du style, la justesse avec laquelle il est employé donnent toutes leurs forces à cette histoire qui se finira comme elle a commencé: dans la beauté.

 

Il faut avoir un sacré enfant intérieur pour écrire ainsi... Il doit être bien bruyant chez Gilles Paris!

 

Je saute maintenant sur un deuxième roman, du même auteur, dont je vous parlerai très vite!


21/09/2014
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