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Un petit mot dans le micro, s'il vous plait?!


Thierry Crusem: un Artiste impulseur de Vie...

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Crédit photo: Margaux Gatti

 

Performance "Impulsion A la Vie" par Thierry Crusem

 

Rêveurs, rêveuses, il y a longtemps que je ne vous avais pas apporté sur un plateau une belle nouveauté. L'erreur sera désormais réparée puisque je vous livre ici une interview réalisée il y a quelques semaines déjà. Par une soirée ensoleillée, j'ai passé un moment que j'ai ressenti avec une intensité forte et rare. J'ai rencontré l'artiste peintre Thierry Crusem, mais j'ai aussi rencontré l'homme. Entre humour, sérieux, réflexion, émotion aussi, vous allez découvrir et faire connaissance ici avec un artiste atypique, habité par la force de son art, mais aussi d'une sensibilité et d'une gentillesse qui n'ont pas encore fini de me bouleverser. Comme il le fait sur une toile, je l'ai laissé s'exprimer, librement, sans trop l'interrompre. Et je suis certaine que vous aussi, vous ne pourrez être que touchés par le personnage d'une part, et la personne d'autre part... Et vous comprendrez sans doute plus facilement pourquoi cet "accouchement littéraire" a été long, entre le moment où j'ai recueilli ses confidences et aujourd'hui, où je vous les livre.

 

Merci Thierry de m'accorder de ton temps pour faire découvrir ton travail à mes lecteurs! Pour commencer, peux-tu te présenter: comment es-tu venu à l'art? Quel est ton parcours? Quelle est la genèse de ton parcours artistique?

 

Je n'étais pas du tout prédestiné à l'art. Dans ma famille, tous ont des capacités mais ils n'ont pas eu l'angle pour révéler les choses. Pour moi, c'est un hasard comme il y en a plein. Mon père était un vrai artiste. Il faisait de la ferronnerie, de la sculpture sur bois et mille autres choses encore. Mais il était d'une famille où personne ne lui a fait prendre conscience de ce qu'il pouvait faire de ça. Et puis il est tombé malade très jeune. Moi aussi j'étais très jeune,  donc il n'a jamais pu me transmettre quoi que ce soit par rapport à son savoir-faire. Mais finalement c'est ça qui a fait que! J'étais un élève brillant au primaire, au début du collège aussi.

Et puis à 12-13 ans, je me suis retrouvé perdu par la situation familiale. Je me suis oublié et je ne faisais plus rien. Au milieu de ce vide intersidéral, à l'internat, je rencontre un pote qui était le fils du bassiste qui avait joué avec CharlElie Couture. Lui naturellement, dans la digne direction de son père, savait jouer, composer, écrire. Il me propose de monter un groupe. Mais je n'avais jamais fait de musique moi! J'avais économisé mes sous pour m'acheter une mobylette, fin du collège. Alors... je me suis acheté une batterie! Il m'a appris 2 rythmes et 3 breaks et on s'est retrouvé au Ban St-Jean, qui est actuellement un sanctuaire pour tous les anciens détenus Ukrainiens et Russes que les Allemands avaient fait prisonniers pendant la guerre. A l'époque, ces maisons étaient habitées et lui y habitait justement! On répétait dans un grenier. Nous voilà partis comme des fous furieux à se voir tous les soirs, il avait plein d'idée, moi je savais quelques rythmes à la batterie et on a pu faire notre premier concert... qui a été un carnage total! L'ampli du bassiste a pris feu pendant le concert, bref, une rigolade totale! Mais j'avais le pied dedans.

De fil en aiguille je décroche mon Bac, je fais un BTS pour continuer un truc. Mais je développe mes projets de groupe au fur et à mesure à côté. Quand j'ai eu mon BTS j'aurai pu continuer en fac mais à ce moment j'avais un groupe qui s'appelait Mamie Tonk. Pur jus "bassin houiller", on était 5-6 gars là-dedans, et on faisait beaucoup de concerts. On avait déjà fait 2 tournées dans le Sud de la France. Et on se posait la question de passer le cap pour devenir intermittents. Mais on n'avait pas de structure. Je décide donc de faire un stage de producteur à Paris, à l'IRMA, après mon BTS. J'en reviens, et avec 2 autres collègues, je monte une SARL, qui a été mon premier projet professionnel, une maison de disques. ça m'a permis de gérer l'administratif et surtout d'apprendre mon métier. Se faisant, avec toute l'équipe j'arrive à monter une super tournée, toute l'équipe devient intermittente. ça continue pendant 3 - 4 ans, et on vit des choses extraordinaires. Et avec tout les clichés possible d'un groupe de rock, des histoires de fous furieux! Il y avait dans ce groupe une énergie fulgurante, on faisait des choses hallucinantes. Mais dans la jeunesse où j'étais, je ne me rendais pas compte du précieux de la chose. Après j'ai monté d'autres projets intéressants, épanouissants, mais sans jamais retrouver l'engagement des uns et des autres, sauf dans le dernier projet de performance en date dans la peinture. Mais c'était aussi un apprentissage.

Et puis finalement le groupe a splitté alors qu'on avait été signé tout à la fin par Jean-Louis Pick, qui a un énorme studio près de Lille qui s'appelle Le Taxi Noir. Enorme structure qui fait des doublages pour Canal +, France 2, etc. Lui était un des membres de Air Productions, qui produisait Taratata. Il a un coup de coeur énorme pour le groupe, il nous cale 7 ou 8 jours de studio. Un tel studio qu'en arrivant on s'est demandé si on serait à la hauteur. Le tout avec un ingénieur du son de Taratata et avec aussi François Théry, qui venait de travailler avec les Rita Mitsouko  sur leur album de l'époque. Aujourd'hui il produit des documentaires sur des pays étrangers, avec Arte souvent. On continue aujourd'hui à garder le contact. Donc avec le groupe, on met la gomme pour terminer l'enregistrement. Quand il nous annonce qu'il veut sortir l'album en national avec une super promo, et que pour lancer l'album il nous fait passer sur Taratata pour la sortie officielle. Et puis le coup classique, des histoires au sein du groupe nous amène à splitter un mois avant le passage à Taratata.  Je me retrouve seul avec le batteur. Et je décide de jeter  l'éponge. Voilà la première remise en question sur mon chemin. Ce qui occupait tout mon espace professionnel venait de s'arrêter et je me retrouve en face d'un vide sidéral. Je fais quoi? Je devais avoir 25 ans et tout les gens qui sont un peu dans la norme te mettent la pression pour te trouver un boulot. C'est dur de garder pied face à ça, mais c'est l'apprentissage de la Vie! Il n'y a jamais rien pour rien!

Je cogite 1 mois sur ce que je pourrais bien faire et puis j'ai le coup de fil d'un ami, qui était à l'époque logisticien pour Médecins Sans Frontière. Il était alors au bord du désert somalien, au Nord-Est du Kenya. Je lui raconte mes histoires. Il me propose de m'inclure à l'équipe et de le rejoindre. Rien ne me retient alors Banzaï! Je le fais! Pour 5 semaines, ce qui est peu et beaucoup à la fois. Je prends un billet, je me retrouve dans un avion, à atterrir sur l'aéroport de Nairobi en me disant: "Mais qu'est-ce que je fous là?!"! Et en fait je me retrouve dans un petit coucou dans lequel je me rends compte qu'on transporte aussi, et légalement, des sacs entiers de myrrha, qu'on appelle aussi du khât!!!!!!! Quand tu comprends après ce qui se passe, tu es juste pété de rire!

Et puis une fois que j'atterris, je suis projeté dans la science-fiction totale: on va au camp de base, on me présente toute l'équipe, où toutes les nationalités se sont côtoyées. Donc on a fait des distributions alimentaires dans le désert, etc... Un truc de taré!

 

Oui mais tu es un habitué des trucs de tarés, non?!

 

Oh si peu! Mais du coup je suis complètement sortie de la bulle occidentale. C'est-à-dire que quand tu regardes des documentaires avec ton oeil occidental, tu crois savoir comment sont les choses et en fait non. Là tu es projeté... Wouah! Rien qu'en descendant de l'avion tu ressens des vibrations, des choses très fortes, comme si tu revenais aux origines. Ensuite tu arrives avec tes habitudes. Il faut avoir la capacité de s'adapter illico presto. Mais c'était fabuleux, extraordinaire.

Ensuite mon pote a pu récupérer ses congés. Alors on a décidé d'aller au Kenya, mais que dans des endroits où il n'y avait pas de touriste. On s'est perdu, on a marché. Au bout d'une route il y avait 2 pistes: on a pris à gauche. On est arrivé dans un village. Panique totale! Tous les gamins criaient, allaient se cacher, d'autres étaient pétrifiés, pleuraient. Une seule baraque en dure, en ruines, l'ancienne poste, au milieu du village. Un arbre à côté, un ancien assis en-dessous. Il nous regarde et rigole! Il nous demande ce qu'on fout là et on lui dit qu'on s'est paumé et on lui demande pourquoi ils pleurent tous. Ce à quoi il a répondu:" ça fait 4 ans qu'aucun homme blanc n'est venu ici! Vous êtes des extraterrestre pour eux!".

J'écourte le récit mais donc après ça  je reviens à Paris et là le retour est fulgurant! Je suis arrivé là en me disant: "Mais on est tous fous ici. On court comme des aveugles, on ne sait même pas pourquoi. C'est quoi le sens des choses?", et toutes ces questions là. Et comme il n'y a jamais rien pour rien, comme tu le sais maintenant, je m'enferme 6 mois, et je compose "Les couloirs de l'amer étonnant", qui a été mon gros projet suivant: l'Autre Système. Des choses très sympas, une tournée française. Tout ça était un parcours bien tracé: je vivais dans une belle maison, c'était la maison du bonheur, tout allait bien donc j'avais 50 millions d'amis, la tournée arrivait à son terme, j'avais remonté une structure, j'avais plein de retours extraordinaires, on s'apprêtait à sortir un album live, qui a été enregistré et mixé par Jean-Pascal Boffo, magicien, mec extraordinaire et très fidèle en amitié. Le plus dur était fait. C'était le début de la dégringolade. Deux ans après je me retrouve avec mon projet tombé à terre, l'équipe éclatée, je me sépare de ma compagne, mon père décède quelques mois avant. Hop, remise en question sur sa propre projection... Qui suis-je? Où je vais? Je fais quoi comme choix?

J'avais monté en parallèle un fabuleux projet avec des jeunes dans une cité qui n'étaient pas gâtés par la vie, en tant qu'intervenant musique. On avait enregistré en studio chez Jean-Pascal, ils avaient fait des dates en France. Et puis un membre de l'équipe décède. Moi de mon côté en plus je perds mon statut d'intermittent. Je me réveille un matin chez un pote sur un lit de camp, logé à l'arrache, avec mon sac. Et là ça me tombe dessus en me demandant ce qui m'arrive et comment j'avais fait pour en arriver là. Chaud les marrons! Très vite, réaction: je retrouve un appart où me poser et je redémarre à zéro. Et là j'avais 34-35 ans. Avant tu vois, je prévoyais les choses, j'avais des objectifs... Bien sûr que c'est important de se projeter, d'avoir des objectifs. Mais...

 

Qu'est-ce que tu retires de cette expérience? Quel bilan tu fais de cette transition de la musique vers la peinture? Qu'est-ce que ça t'a apporté?

 

Que du bonheur! Une école de la vie fondamentale. J'ai eu la chance de faire ce que j'aimais, de le faire avec des amis, on a eu la chance de partager ces projets avec un public, avec des moments très forts. On a notamment joué dans des prisons. Émotionnellement c'est très fort. On a amené du bonheur aux gens.

 

C'est assez extraordinaire, parce que je ne te sens même pas aigri par tout ça. En général c'est plutôt ce sentiment qui prédomine quand arrive la fin de quelque chose...

 

Ah oui mais moi pas du tout. Bon, sur le coup on m'a ramassé à la petite cuillère, du moins les amis qui sont restés. Et je les remercie au passage, ils se reconnaitront, ceux qui n'ont jamais abandonné notre échange amical et qui ont été là sans me juger. Simplement restés fidèles parce qu'ils savent aussi que la vie n'est pas simple parfois. Et que dans la cadre d'une amitié, on ne peut pas partager que des bonnes choses. Je suis chanceux d'avoir croisé la route de gens comme eux!

 

Et au milieu de tout ça, on en arrive à la peinture. C'est nourri de toutes ces expériences que tu en es venu là. C'est une transition qui t'a valu pas mal de critiques d'ailleurs je crois. Mais le sujet est très proche finalement, notamment dans ma chanson préférée "Le tout de rien", en tout cas dans mon interprétation, je sens un peu cet esprit de lâcher prise derrière. C'est une passerelle entre la musique et la peinture et ce n'est pas un hasard cette transition...

 

Jamais de hasard!!! C'est normal que tout le monde s'inquiète dans ces moments-là. Quand tout le monde t'a connu auteur, compositeur, interprète, chanteur pendant 15 ans et que du jour au lendemain tu changes de médium.

 

Alors que tu n'avais jamais eu l'idée avant, tu n'avais pas de prédisposition...

 

Non! C'est l'exploration des sens! Je pense qu'il faut une vie entière pour ça. Pour être très honnête, pendant mes années de musique, j'ai complètement développé mon oreille. Et tout ce qui m'était arrivé là m'a ouvert une autre porte. J'ai vraiment eu un appel intérieur. Il y a eu le besoin de développer le côté tactile et visuel. Mais le côté auditif est toujours là puisque je peins toujours en musique et ça reste la porte qui me permet d'accéder à tout ce que je matérialise dans la peinture.

 

Donc ce n'était pas par lassitude? Tu as voulu chercher un autre moyen d'expression?

 

La musique fait partie de ma vie. L'un ne va pas sans l'autre. Donc les gens se sont dit: "Mais qu'est-ce qu'il fait?! Il est taré de faire autre chose!" Pour être honnête, oui, j'étais fou! Mais ma grande force a été de m'accorder le droit de l'être. ça a été aussi une démarche d'art thérapie dans un premier temps pour me reconstruire. Parce que j'ai toujours vécu des projets collectifs. Je suis jusqu’au-boutiste. Je suis allé tout au bout de ce que je pouvais faire. Donc j'étais devenu une coquille vide. Je n'avais plus rien à chanter, à écrire, à donner, plus d'émotion à partager. J'étais meurtri intérieurement, pas bien dans ma vie.

 

C'est quand même un parcours hors du commun que celui que tu as. Parce que vivre autant de choses en 20 ans... C'est beaucoup 20 ans mais c'est peu à la fois. C'est rien.

 

Je suis heureux d'avoir fait tout ça, moi qui cultive une certaine lenteur! Parce que je le partage et parce que j'ai compris que c'était mon rôle dans la société dans laquelle on vit. Je le fais avec une sérénité que je n'ai jamais eu avant. Je propose des choses sincères, peu importe le résultat. C'est l'acte qui est beau et il me ressemble. Je ne cherche pas à faire quelque chose qui va plaire contrairement à ce que les gens pourraient imaginer. La beauté est de toute façon une notion subjective.

D'ailleurs je ne me dis pas peintre. Bon, OK, les gens ont besoin de me mettre dans un tiroir alors d'accord. Mais comme pour la musique, je suis autodidacte, alors qu'il y a des gens qui ont fait des années d'études pour ça, pour maitriser des techniques, des choses exceptionnelles...

J'étais récemment invité à un repas, un monsieur était là, c'était la première fois que je le rencontrais. Il avait un peu découvert mon travail, il était très curieux d'en parler et d'échanger avec moi. On discute, il me demande ce que je fais et je lui raconte mon parcours dans la musique, mon projet de performance "Impulsion à la Vie" que j'allais monter cette année-là. Je lui raconte mes peurs sur l'impro danse et musique, l'équilibrage de la toile en 45 minutes, le temps de la performance. Je lui explique ça. Et là il me regarde en souriant et me dit: "Ah oui d'accord! T'es pas un peintre, t'es un artiste!"! J'ai souris, puis j'ai ris, et là je savais qu'il m'avait donné la bonne définition! Alors, tu vois, il n'y a jamais rien pour rien. Je ne souhaite à personne les difficultés auxquelles je me suis cogné mais si tout ça n'était pas arrivé, je serai peut-être aujourd'hui sur un chemin qui ne serait pas le mien. J'ai un tel sentiment de justesse, de sérénité qui font que je ne suis plus le même homme. Je fais les choses parce que je sens qu'elles doivent être faites là. Je reviens aux émotions. Je le dis à tout le monde: "OK, on a tous des difficultés, mais ne regardez jamais le verre à demi vide. Regardez-le toujours à demi plein. Vous allez surement comprendre des choses, vous allez rebondir et être beaucoup plus près de ce que vous êtes vraiment." Quand tu n'as plus rien, tu es libre, tu peux à nouveau choisir. La vie est une bataille. Mais les solutions arrivent quand on a le courage de faire les choses et de les affronter. La grosse désillusion arrive quand on a peur et qu'on se rétracte, qu'on oublie ses idéaux, ses envies et ses rêves. On se s'écoute plus. Les années passent, on est malheureux, ça ricoche sur l'entourage et tout le monde est malheureux à la fin. Mais il faut du courage pour ça. Et je ne jugerai jamais quelqu'un qui n'a pas ce courage.

Alors je remercie la Vie d'avoir eu cette chance. Mais tout le monde peut l'avoir cette chance. Il suffit d'une lumière, d'une phrase bienveillante parfois. Aujourd'hui je mentalise beaucoup moins les choses, j'angoisse moins, même si les difficultés sont toujours là pour tout le monde. J'ai passé des années à écouter les autres. Je le fais encore mais différemment. Aujourd'hui je donne de la nourriture pour que les gens trouvent eux-même comment s'en sortir. 

Et c'est tout le sujet de la performance monumentale de l'"Impulsion à la Vie". Si tu savais toutes les réactions qu'on a eut! Notamment quand on était venu à la MCF présenter la performance. En passant, gros clin d'oeil à toute l'équipe extraordinaire de la MCF et que je remercie infiniment d'avoir été là! C'est la salle la plus géniale de toute la région!

Alors les réactions lors de cette présentation, ce qui revenait c'était "une porte ouverte sur l"Univers", des gens ressortaient en pleurant, d'autres avaient besoin de parler, d'autres de rester dans le silence. J'avais amené les alternatives. C'était le plus important.

Alors tu vois, la symbolique développée dans la musique est la même que dans la peinture, mais par des moyens différents...

 

Oui, comme je disais tout à l'heure, il y a un réel fil conducteur entre l'album "Les couloirs de l'amer étonnant" et ta peinture. C'est absolument pas délirant comme transition...

 

Absolument pas. Mais chacun vit dans son propre espace temps. Tout ce que j'ai fait ce sont des graines plantées, qui poussent, qui servent, encore aujourd'hui même après l'arrêt de mes projets musicaux. Sans vouloir être un grand manitou, je ne cherche pas à convaincre qui que soit, vouloir une reconnaissance.

 

Non, mais ça nourrit la reconnaissance et c'est bien normal...

 

Bien sûr elle me fait du bien quand elle arrive. Mais j'assume mon parcours tel qu'il est. La fibre culturelle, historiquement et à chaque crise qu'on traverse, amène de quoi mettre dans la tête des gens un peu de légèreté et de bonheur. Je suis en parfaite résonance avec tout ça.

 

Tu peins seul. Mais l'équipe qui t'entoure dans la performance: est-ce que c'est non seulement une équipe qui t'aide parce que faire tout ça seul c'est impossible, mais aussi et surtout une manière pour toi de recréer la famille que tu avais dans la musique?

 

Je peux te répondre sur ce que je ressens aujourd'hui, mais je pense qu'il y a une part d'inconscient que je ne maitrise pas là-dessus. Maintenant, le fait que je peigne seul, ça vient du collectif que j'ai du gérer avant. C'est une façon de me retrouver que de peindre seul. Après, quand je suis revenu de tout ce vide, j'ai pris le chemin d'un magasin de peinture, j'ai acheté 5-6 couleurs, plusieurs toiles et je suis rentré chez moi. J'ai mis les couleurs dans une assiette en carton et j'ai allumé une bougie. On était dans cet espèce de vide, entre le jour et la nuit. ça prenait déjà forme par rapport à l'équation du Vide Médian. Je prenais la peinture sur les mains, je passais les mains sur la toile. J'avais besoin de ce côté tactile, sentir le grain de la toile. C'était mon premier contact avec la peinture et ça a été une révélation. Et là j'ai compris qu'il était hors de question à court terme de redémarrer un projet musical. Il fallait que je me recentre, que je retrouve contact avec mon Moi profond, avec ce que j'étais.

 

A ce moment-là tu as complètement occulté et balayé la musique alors...

 

Oh oui! Je pensais même que je n'en referai plus jamais. J'avais été trop traumatisé. Mais j'assume pleinement. J'étais allé trop loin. Mais donc je peins à la bougie, la nuit, quand les gens dorment, quand les vibrations sont zen, toujours en musique. Je ne suis pas dérangé par quoi que ce soit.

J'ai tout un rituel naturel avant de peindre. Quand je sens que quelque chose va arriver, je me libère du temps. Bien avant, j'essaie de trouver l'album qui correspond à l'émotion dans laquelle je me trouve à l'instant. Après, le CD tourne en boucle.

 

C'est digne d'un véritable accouchement en fait...

 

Oui c'est tout à fait ça. Après je me mets dans une position qui amène le lâcher prise, je me fais un thé, j'allume mes bougies. Si je ne fais pas ça, je ne peux pas accueillir ce qu'on m'envoie. La musique est la clé qui va m'ouvrir la porte et me permettre d'accueillir l'énergie que je vais mettre dans la peinture. Puis je m'habille avec ma tenue. Mes outils sont prêts. Je touche mes toiles vierges. J'en prépare une seule.

 

Tu as une sensation différente selon la toile que tu touches?

 

ça parait fou, mais oui. Et quand tout est prêt, il faut être dans l'abandon. Parfois, je suis dans cet état jusqu'à 2 ou 3 h du matin et je n'arrive pas à me recentrer sur le lâcher prise, le Vide Médian. Alors là j'éteins tout, je ferme tout, j'arrête, je vais me coucher. A l'inverse, parfois ça arrive très vite, très tôt. Là je peins d'une traite. En général, je mets 13h pour peindre une toile. Si le jour se lève et que je peins encore, je ferme les volets et je continue. Alors parfois ça m'amène jusqu'à midi, 13h. Quand tout est terminé, je vais me coucher, je découvre la toile plus tard. Comme je peins à la bougie, je n'ai pas de lumière artificielle. Ce n'est pas mon mental qui pilote les couleurs. Que l'émotion. Je distingue juste les températures et les contrastes. Tout est un travail de transformation. Et je m'en sers même dans ma vie de tout les jours.

 

Tu m'amènes à parler du vif du sujet, le Vide Médian: c'est un concept de François Cheng, qui est académicien. Tu vois, j'ai bossé le sujet pour ne pas arriver là comme une nouille! (Rires)  Comme je ne connaissais pas du tout ni le concept, ni l'homme qui en est à l'origine... Tu vas me dire si j'ai bien tout compris: le Vide Médian, c'est ce qui est créé quand le yin et le yang  sont mis ensemble? C'est une espèce de communion entre ce qu'on a à l'intérieur de soi et la matière.

 

Tu peux décrire le Vide Médian dans toutes les choses de la Vie qui nous entourent.

 

Il y a un Vide Médian partout?

 

Ah oui, absolument! Mais, sans vouloir m'approprier les propos de François Cheng, le concept n'a pas été inventé par lui.

 

ça remonte au taoïsme...

 

Oui, c'est une tradition, un concept séculaire dans toute l'Asie. Chez nous qui sommes rationnels, 1+1=2. Chez les asiatiques, 1+1=3.

 

Le fameux Grand Trois!

 

Eh oui! Tout est une question de respiration et de rythme. Sans ça, les choses sont mortes, n'existent pas. Le yin et le yang sont deux entités différentes, elles vivent indépendamment chacune. Mais à un moment, il y a un point de friction. On ne sait pas ce qu'il se passe après, mais si à la base il n'y a pas ça, il n'y aura rien après.

 

Tu as donc vécu ton Vide Médian toi aussi...

 

Mais tous! Sauf que moi j'en ai pris conscience! Mais ce n'était pas un hasard. Il a fallu que je me nourrisse à nouveau. Alors je me suis mis à lire, à écouter. Mais c'est cyclique. Ce sont des moments où tu construis des fondations. Après il faut digérer, comprendre, faire de la place pour les éléments suivants et pour avancer. Et ça permet de rester dans la justesse avec une phase de décompression nécessaire. Le trop est l'ennemi du bien.

 

Je comprends bien mieux pourquoi tu as choisis le concept de François Cheng. J'allais te poser la question: pourquoi lui et pas un autre ou une autre orientation philosophique? Puisque c'est un concept qu'on retrouve dans l'hindouisme, le bouddhisme et autres. On retrouve ces mêmes concepts de lâcher prise, de retour sur et en soi, de recherche de soi.

 

Tout à fait! Mais en dehors de ce concept du Vide Médian, les écrits de François Cheng sont extrêmement précieux, super beaux à lire. Mais dans toutes les démarches spirituelles, on peut trouver de la résonance. J'ai été très touché petit par le message religieux de par mes expériences de vie, mon enfance, mon passé. Mais je suis aujourd'hui un affranchi. Je peux lire une doctrine religieuse. Je peux comprendre qu'on y trouve quelque chose et je respecte la liberté de chacun. Mais qu'on respecte la mienne. On ne touche pas à mon libre-arbitre. J'investis la vie avec générosité avec les gens qui me touchent, mais je suis à un moment de ma vie, où je suis extrêmement vigilant dans la conservation de mon libre-arbitre, même si je dois me planter. Aujourd'hui on n'est plus dans le respect de l'Autre, l'épanouissement personnel. On est dans des schémas confessionnels élitistes préjudiciables à la liberté de tout le monde.

 

C'est peut-être la différence entre le fait de pratiquer une religion et le fait de voir un courant religieux comme une simple philosophie de vie. On peut se servir de certains préceptes sans forcément être croyant et appliquer à la lettre une religion...

 

Absolument! Il y a un moment, c'est de l'aliénation par la religion, et tu perds complètement le fil. Mais je le répète à qui veut bien l'entendre: dans l'Histoire, on a eu des penseurs qui ont amené un éclairage, un courant de pensée, des chemins utiles sans être des doctrines. Pour inviter l'humain à être ce qu'il est, à vivre sa vie. Il faut être heureux en étant ce qu'on est. Quand tu sais qui tu es, tu sais te placer dans la société, alors tu es plus serein et plus heureux, les gens sont plus heureux autour de toi et la société ne s'en porte que mieux.

 

Je suis entrain de digérer tout ce que tu dis! Donc pour digérer, une petite question technique!  La performance "Impulsion à la Vie", c'est donc de la musique  faite par Jean-Pascal...

 

Tout à fait. Il y a aussi Olivier Guerbeur, le percussionniste, qui agit avec Jean-Pascal. Il y a une danseuse, Jacinthe Janowskyj, accompagnée également dans la performance par David Metzner, pour reprendre les codes de l'Impulsion, le yin et le yang. C'est un plaisir pur d'être avec eux, il y a une vraie connexion émotionnelle. Ils sont fabuleux, généreux. C'est un cadeau. Valérie Morel va s'occuper de tout l'administratif du projet, du booking, etc... Tu as aussi Michèle Meftah, qui est la metteur en scène de l'équipe, et tant d'autres encore qui nous ont rejoint au fur et à mesure.

 

Avec cette performance, tu as gagné des prix. Est-ce que tu peux juste en dire quelques mots?

 

C'est mon travail en général qui m'a fait gagné des prix, pas la performance. Mais tu sais, comme je te disais, quand j'ai démarré la peinture je me suis dit que je n'allais rien programmer et je ne me donne aucun objectif. Je fais des expos, je rencontre des gens, on sympathise. J'ai rencontré des gens extraordinaires. Alors après, les prix... Ce n'est pas mon but. Je ne les cherche pas. ça sanctionne un travail, c'est bien. Je ne les refuse pas, ce sont des gens qui se sont plongés dans mon travail. Mais ce ne sont pas les prix qui ont fait les rencontres. C'est totalement éphémère et subjectif. C'est juste la fenêtre qui a permis de me faire connaître. C'est un outil pour aller plus loin.

 

Est-ce qu'il y a des expos prévues, dans les mois à venir, pour ceux qui veulent découvrir ton travail?

 

Le 14 Septembre, pour les Journées du Patrimoine, à Nilvange, on présente la performance.

 

Pour te retrouver sur Internet, il y a...

 

Sur Facebook la page Thierry Crusem - Le Grand Trois, il y a mon Profil Officiel, le site d' Indego Production et le site Internet legrandtrois.com.

 

Avant-dernière question: Thierry de retour dans la musique, c'est possible?!

 

Il y a un morceau de côté. On va sortir un single et sans doute une promo, un album, etc... En tout cas un single pour le moment. C'est un OVNI, bien décalé, dans le cadre d'un projet complètement fou!

Après j'ai composé une chanson, la première depuis 6 ans. Il fallait que je cicatrise. Mais c'est suite à un contact que j'ai eu avec une psychologue clinicienne il y a 2 ans, qui travaille sur une thèse. Je me suis dis que ce serait une belle manière de boucler la boucle. J'ai du sortir une chanson sur "pourquoi et comment je créé".

 

Je vais te faire parler une dernière fois, je te laisse carte blanche, il n'y a plus de question et tu dis ce que tu as envie de dire! Exprime-toi!

 

Tout a un sens, une raison d'être, il n'y a jamais rien pour rien. Il faut garder l'espoir et être patient. ça nous amène à un questionnement pour nos propres vies et vers une connexion sur des belles choses. Libre à chacun de prendre le chemin et faire les choix qu'il souhaite pour son bien. Mais il faut y croire sinon ça ne fonctionne pas. Ce n'est pas facile selon l'héritage qu'on a. Mais c'est un chemin qui se mérite. La vie appartient aux audacieux! Souriez à la Vie, la Vie vous sourira! C'est le début du bonheur! On ne vit qu'une fois!

 

Maître Zen, c'est votre dernier mot?!

 

Non! Je souhaite à tout le monde d'être heureux! Secondo, je le suis moi-même parce que je suis sur mon chemin, que je rencontre plein de gens supers et que ça va continuer. Et soit dit en passant, je donne encore un grand coup de chapeau à toute mon équipe de l'"Impulsion à la Vie", que ce soit l'équipe de la performance ou l'équipe de la MCF. C'est une grande famille. Et la dernière chose que je dirai, et tout le monde ne comprendra pas mais... AHUUUUUUUUUUUUUUUUU!!! Et aussi BANZAI!!!!


29/07/2013
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16 Janvier 2013: Olivier Liévin: photographie d’un talent...

 

Chers lecteurs et lectrices, permettez-moi d’abord de vous souhaiter une belle année 2013, pleine de petits et grands bonheurs, de choses tendres et surtout pourvue d’une santé de fer!

 

Pour ce tout premier article de cette année, j’ai choisi de vous présenter quelqu’un que j’ai découvert  il y a peu de temps: le photographe Olivier Liévin. Vous qui êtes des fidèles, vous me direz que ce nom ne vous est pas étranger, et pour cause! J’en avais parlé il y a peu dans les 2 articles que j’avais consacré à son ami Dom Colmé. Eh oui!

 

Alors qu’une exposition de ses oeuvres intitulée « Histoires de concert » s’est ouverte le 15 Janvier à la Médiathèque de Créhange, et ce jusqu’au 23 Février, je me suis entretenue avec Olivier afin d’en savoir un peu plus sur son art. Et sur lui finalement.

 

Conversation avec un artiste dont la discrétion est aussi grande que son talent…

 

Bonsoir Olivier! Merci d’avoir accepté de rencontrer le Graoully Déchainé pour nous parler de ton travail. Pour resituer un peu le contexte pour nos lecteurs, je t’ai découvert à l’occasion du concert de Dom Colmé en Décembre, où à cette occasion tu exposais quelques-uns de tes clichés faits avec lui lors de sa première partie de Cali. Alors comme j’ai l’habitude de le faire avec les gens que je rencontre, je vais te demander de te raconter un peu à nos lecteurs!

Eh bien je m’appelle Olivier et je fais de la photo depuis le Bac avec un appareil offert par mes parents à cette occasion. J’ai pratiqué à titre personnel pendant de nombreuses années comme tout un chacun. Et avec le temps je me suis passionné pour cet art dirons-nous…

 

Mais c’est un art!

Il y a parfois des polémiques à ce sujet.

 

Oui, mais pour moi c’est un art! Donc tu peux le dire comme ça!Tu as fait des formations?

Non, je suis totalement autodidacte, j’ai appris en lisant des livres, des magazines, en regardant le travail d’autres photographes et en essayant de faire pareil ou mieux.

 

Et est-ce que tu en as toujours fait ton métier, ou est-ce que c’était au départ une activité connexe?

Au départ c’était vraiment pour mon plaisir. J’ai eu l’opportunité de travailler pour une entreprise qui m’a sollicité et pour laquelle j’ai travaillé régulièrement pendant 4-5 ans. Et ça m’a donné l’idée d’aller un peu plus loin dans ce domaine. Donc maintenant je suis officiellement professionnel depuis Juin dernier.

 

Ah oui, c’est tout récent!

Oui, en tant que photographe-auteur tu es artiste, tu peux répondre à des demandes mais légalement tu ne peux pas démarcher. Si tu veux en vivre, à moins d’être très connu et voir les commandes pleuvoir toutes seules, il faut faire de la publicité et démarcher. Ce n’est pas compatible avec le statut d’artiste-auteur. D’où la nécessité de créer ton entreprise de photographe. C’est la loi française qui veut ça.

 

Je suis allée voir ton site Internet où j’y ai trouvé tout type de photos: de la macrophotographie, des animaux, des enfants, des hommes. Tu fais aussi beaucoup de photos pour des restaurants et autres commerces…

Oui, je travaille pour les entreprises, les collectivités et les particuliers. Tout le monde peut faire appel à mes services, bien sûr. En effet, j’ai travaillé pour le restaurant Thierry Saveurs deux fois. Sa confiance est un honneur pour moi. C’est quelqu’un d’exigeant.

 

Tu as un « monde photographique » très varié. C’est une forme de polyvalence finalement…

Oui, on m’a déjà fait la remarque, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme. Mais je réponds toujours que je ne vois pas pourquoi je me limiterai à un seul sujet. Je trouve que tous les sujets sont bons à exploiter, même le plus simple des objets. Je prends beaucoup de plaisir à essayer de faire une belle image avec un objet banal.

 

Une façon de sublimer l’objet?

Oui, et d’ailleurs la macrophoto m’aide beaucoup dans cette démarche. On voit des choses que les gens ne voient pas dans le « très petit ».

 

ça exerce l’œil à voir autre chose…

ça me fait penser à certains jeux où il faut deviner l’objet sur une photo. C’est pratiquement tout le temps de la macrophoto qui en est à la base.

 

Par contre j’aimerai te faire une petite remarque: en regardant ton site je me disais que la femme était assez absente! C’est volontaire?! C’est très vexant pour nous les femmes, tu sais ça?! (Rires)

Tu regarderas sur Internet le nombre de photographes qui font des photos de charmes ou du nu…

 

Sans forcément parler de ce genre de photos là d’ailleurs! C’est un parti pris?

La photo de nu, je ne sais pas faire. C’est peut-être par pudeur, je ne sais pas. Après, pour les portraits de femme, portrait classique j’entends, c’est un hasard, tout simplement.

Tu ne veux pas poser toi?!

 

Euh…!!! (Rires)

Tu poses les questions, il faut que tu assumes!

 

Eh bien écoute… oui, s’il te faut un modèle, oui, pourquoi pas?! Je ne te dirai pas que je n’y ai jamais pensé! J’ai quelques idées pour un projet éventuel… Alors invitation lancée sous les yeux des lecteurs du coup! (Mais je me reprends!)

 

Et parmi les types de photos que tu réalises, est-ce qu’il y a un style de photos que tu « préfères », pour lequel tu aurais plus de sensibilité, plus de plaisir? Parce que j’imagine que la macro, tu l’envisages peut-être plus sous la forme d’un loisir, alors que la photo promotionnelle sert l’image de quelqu’un d’autre. Donc automatiquement il y a plus d’enjeux…

C’est vrai qu’il faut séparer l’aspect travail personnel et artistique. Donc oui, la macro est un loisir. Mais avec le temps et la pratique, j’ai vraiment envie de les rendre plus artistiques. Je connais quelques photographes, et je vais citer Xavier Coulmier, qui est un très bon exemple, et qui fait de la macro, Son travail est véritablement de l’art. J’aimerai bien avoir le temps de poursuivre ça.


Il y a aussi les photos de concerts que j’ai découvert avec Dom (Colmé, NDLR), ainsi que d’autres spectacles comme le théâtre.
Mais pour tout ça il faut des accès. Pour les concerts, Dom m’a offert ça et surtout l’accès à la scène pendant son tour de chant. Le top !

 

Privilège maximum!

Oh oui c’est une grande opportunité !

 

Et tu peux peut-être te permettre une certaine folie sur les prises de vue, non? Explique-nous comment tu fais.

Oui, le choix des angles de prises de vues est plus large, mais l’éclairage est un facteur très important. Parfois l’éclairage ne varie pas beaucoup, d’autres fois il a une dominante pas très esthétique, très rouge comme à Montigny.

 

Oui mais du coup moi j’ai aimé. ça donnait un style aux photos! Ce rouge un peu passé, c’était vraiment chouette!

Mais parfois c’est trop. Par contre, du coup, le passage en noir et blanc allait très bien.

 

Ah oui, elles sont magnifiques!

Mais pour revenir au concert, c’est vraiment l’improvisation totale. La position du chanteur, on la connait. Mais au niveau de l’éclairage, tu ne peux rien prévoir. Par exemple, dans une salle comme le Galaxie où les effets sont très étudiés et très changeants, ça laisse l’opportunité de faire de très belles images si tu arrives à t’adapter aux modifications très rapides des conditions lumineuses. Alors on essaie de repérer un peu les cycles des couleurs. Il y beaucoup d’improvisation, c’est assez grisant. Tout comme le temps qui est très court. En une demi-heure du tour de chant de Dom il faut sortir des images, et des bonnes si possible. L’inspiration n’est pas toujours au rendez-vous. Le spectacle commence sans toujours savoir ce que tu vas faire, alors il faut se lancer. Finalement tu prends l’appareil devant les yeux et ça vient. C’est dans l’instant, tu es dans le présent.

 

Mais c’est marrant, parce que quand j’ai revu tes photos à l’expo lors du concert de Dom, j’ai des bruits, des images qui me sont revenues! ça m’a replongé dans l’ambiance et je n’ai pas ça avec d’autres photographes de concerts!

ça me fait plaisir ça ! Alors j’ai peut-être réussi mon coup ! :)

 

Ce n’est donc pas étudié, ou est-ce que dans ta tête tu as quand même une idée précise?

Il doit y avoir une part d’expérience. J’ai repris mes premières photos et je remarque qu’en un an j’ai beaucoup évolué sans m’en rendre compte. Au niveau du réglage de l’appareil également. Maintenant, selon les situations, je sais tout de suite comment faire tel réglage. C’est parfois très technique dans certaines situations.


On progresse toujours de toute façon, rien n’est figé. C’est ça qui est intéressant. Et comme je te disais, j’essaie de me renouveler à chaque fois avec des photos en contre-plongée, avec téléobjectif, sur scène, avec le public… etc…
J’aime bien mettre le public sur les photos.

 

Oui, ça donne d’ailleurs une réelle impression d’une « triangulaire » entre Dom, son public et toi. Presque une forme d’intimité… ça représente bien la générosité que vous avez tout les deux aussi…

Généralement on se voit plusieurs heures avant le concert, on mange ensemble, Dom fait ses gammes dans la loges, on discute… Oui, c’est très intime. Je prends beaucoup de photos dans ces moments…

 

Tout à l’heure tu parlais et tu m’as gentiment amené ma prochaine question, je t’en remercie! Tu parlais de ce photographe que tu as pour modèle. Quels sont justement les modèles que tu pourrais avoir, autres que lui? Par exemple dans des photographes que les gens pourraient connaitre.

Disons que j’aime beaucoup les reporters. Doisneau aussi, évidemment. C’est presque banal de dire ça. Mais en allant voir l’expo Doisneau à Malbrouck, j’ai vraiment découvert d’autres images, c’était quelqu’un qui avait beaucoup d’humour.

 

Eh oui! Doisneau ne se résume donc pas qu’au « Baiser de l’Hôtel de Ville »!

Oh non! Il a même fait des photos dans l’industrie et les mines. De très beaux reportages sur ces thèmes.

 

C’est un aspect qu’on ne lui connait pas forcément puisque finalement, le fameux « baiser » surpasse tout.

Oui, ça et les photos d’enfants. Alors qu’il a fait beaucoup d’autres choses très intéressantes. Sinon, les reporters de guerres m’ont toujours impressionné. Sans avoir envie de le faire. Je trouve que ce sont des aventuriers. Comme Rémy Ochlik, qui faisait un travail formidable.

 

J’ai pu voir quelques photos, effectivement, c’est un sacré boulot qu’il a fait.

Rémy nous a quittés l’année dernière dans un bombardement en Syrie. Son site est encore actif pour voir ses photos…

 

Et au niveau du matériel que tu utilises, j’imagine que ce n’est que du numérique?

Oui. J’ai commencé avec l’argentique.

 

J’allais juste te le demander! Est-ce que c’est aussi un parti pris de ne faire que du numérique? Ou est-ce que tu vas doucement basculer vers l’argentique? Ce qui a aussi un certain charme d’ailleurs…

Non, parce qu’honnêtement je n’ai pas le temps pour l’argentique. Le numérique fait gagner énormément de temps. Tu peux faire beaucoup plus d’images pour un budget plus serré. C’est un progrès. Et puis je suis un peu un geek!!! C’est vrai que l’argentique avait son charme, mais personnellement je n’y vois plus d’intérêt, à part artistique peut-être. Beaucoup de gens aiment l’argentique parce que ça donne un grain tout particulier à la photo. J’aime beaucoup également. D’ailleurs, dans les photos faites avec Dom, je monte en sensibilité exprès pour retrouver ce grain, ça donne un certain cachet. C’est mon héritage de l’argentique. J’aimais bien utiliser les pellicules Kodak T-Max 400, très connues, qui faisaient vraiment un joli grain.

 

En parlant d’argentique, ça m’amène tout droit à parler du fait que n’importe qui puisse maintenant prendre une photo avec un smartphone et la remanier avec des applications type Instagram. Quel est ton avis de professionnel sur cette démocratisation de la photo? On entend beaucoup de photographes dire que quelque part c’est un peu du vol artistique, de leur travail, de leur talent.

Je trouve que c’est très bien. Je fais aussi des photos avec mon smartphone. On peut faire de belles photos avec n’importe quel appareil. Ce n’est pas l’appareil qui fait une bonne image. C’est clair, ça simplifie les choses quand les conditions de lumière sont compliquées, quand il n’y a pas beaucoup de lumière. Avec un smartphone, ça reste difficile, voire impossible.

 

Malgré tout il peut être intéressant de se plier aux contraintes de l’appareil. Je me rappelle il y a quelques années, lors d’un passage du Tour de France à Metz, j’avais pris plein de photos avec un appareil jetable du village du Tour. J’étais assez content du résultat. Même si avec ce genre d’appareil la profondeur de champs est totale, tu n’as pas de flou en arrière plan, prendre un sujet en mouvement est compliqué.
De la même manière faire des photos une focale fixe. Tu dois t’adapter à la contrainte technique.

 

Ah oui! Quand on regarde, notamment sur Instagram, le produit de ces photos, certaines sont très belles.

Je ne pense pas que ça fasse concurrence aux photographes. Peut-être aux journalistes ou à certains reporters sur des événements spéciaux sur des images « faciles ». Alors là n’importe quelle personne présente peut prendre les mêmes photos qu’eux et là oui, ça leur fait de la concurrence.

 

Olivier, on va pouvoir admirer tes photos…

(Il me coupe!) Admirer?! Je te laisse le mot, je ne peux pas dire ça!

 

Alors moi je le dis parce qu’elles sont vraiment très belles!

Merci, j’en profite pour parler de Valérie ma compagne qui m’aide beaucoup. J’ai beaucoup avancé grâce à son regard sur mon travail et son investissement.
Mais oui, je suis très dur avec mon travail. Je jette beaucoup d’images.

 

Tu es très exigeant sur ton travail…

Oui, si je veux faire monter le niveau, je n’ai pas le choix.

 

Donc tu es dans le perfectionnisme extrême!

Extrême, je ne sais pas. J’essaye. Mais je crois qu’il faut l’être. Le niveau des images qu’on trouve maintenant sur Internet est impressionnant. On peut se mesurer à des photographes du monde entier, c’est très motivant.

 

Avant cette grande digression, je disais qu’on allait pouvoir admirer ton travail du 15 Janvier au 23 Février, à la Médiathèque de Créhange…

Oui! Et Dom viendra chanter le 25 Janvier, lors du vernissage de l’expo.

 

Donc si on veut rencontrer l’artiste, c’est ce jour là qu’il faut être présent!

Oui, il ne viendra que ce jour!

 

Désolée pour Dom, mais je parlais de toi, là!!! C’est excellent! (fou rire)

Ah!!! Tu vois, j’ai du mal à me définir comme un artiste! Je n’ai pas la prétention d’être un génie de la photo. Ça me gène un peu, il y a tellement de très bon photographes.
Mais bon, ok, sur cette expo je veux bien admettre que mes photos soient artistiques!

 

Ce sera la même configuration que l’expo lors du concert de Dom?

Tout à fait.

 

Et j’imagine que pour avoir ces photos, c’est un tirage spécial, sur toiles…

Il s’agit de tirages numériques réalisés par un laboratoire professionnel, et contre-collées sur des plaques d’aluminium (dibond). C’est un matériau spécial qui évite à la photo de gondoler à cause des changements de températures qu’elle pourrait subir.

 

Ces œuvres que tu exposes: elles sont destinées à la vente ou tu les gardes?

Elles sont destinées à la vente. Celles présentées en expo ne sont pas directement à vendre. Il faut passer commande. La personne aura comme ça un tirage unique et neuf. Donc on peut acheter Dom Colmé en 3m sur 2 pour mettre dans sa chambre!


Mais je tiens à préciser qu’il n’y a pas que Dom en photo !

 

Avis aux fans! Attention!… Et où peut-on te suivre sur le web? Je crois savoir qu’il y a plusieurs pages, outre ton site…

Oui, j’ai mon site Internet: http://www.olivier-lievin.fr/

Il y a un blog aussi, qui est plus un journal photographique. Il y a également ma page Facebook à mon nom.

 

En ce qui concerne les expos, si les gens veulent te voir encore ailleurs qu’à Créhange, il y a des choses de prévues par la suite?

Oui d’autres lieux d’expo suivront bientôt. J’exposerai aussi les 24, 25 et 26 mai 2013 à Scy Chazelles au Festival de photo nature « Natur’emotions », à retrouver sur ce site : http://www.natureetcie.com/

 

Ce sera de la macrophotographie. Ma compagne aussi y exposera.

 

Mais la dynamique concert-expo marche très bien, je t’assure.

C’est très sympa en effet, mais il faut que nous soyons disponibles tous les deux. Dom a du succès maintenant, il est très demandé.

 

Il y a toujours moyen de se renouveler en plus. Les gens ne sont pas les mêmes, l’endroit non plus. Et puis je pense que tu te nourris aussi de l’ambiance, non? ça porte quand même…

C’est indispensable, vraiment. C’est important d’arriver à l’avance, de s’imprégner de l’ambiance. Je ne ferai pas les mêmes photos si j’arrivais tout juste au dernier moment, c’est certain. D’autant que j’adore faire des photos backstage aussi. J’en fais parfois tout autant avant que pendant le concert.

 

Olivier, on arrive déjà à la fin de cet entretien… Si tu as envie de dire quelque chose, je te laisse carte blanche. C’est devenu une habitude pour moi de fonctionner comme ça avec tous ceux qui se retrouvent devant moi, alors c’est à toi maintenant!

Merci Dom pour m’avoir fait découvrir ce monde. J’ai rencontré des gens sympas. Pour ne pas les citer: Stéphane, le bassiste de Dom, Gonzo le batteur, que j’adore d’ailleurs prendre en photos. J’espère en rencontrer beaucoup d’autres comme eux.

 

Merci beaucoup Olivier!

Merci à toi!


27/03/2013
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18 Décembre 2012: Le jour où j’ai discuté avec le soleil...

 

Chers lecteurs, chères lectrices, je vous avais promis il y a quelques semaines, à l’occasion d’un article consacré à Dom Colmé, que vous aurez droit à une interview. C’est chose faite.

 

Cette interview a été réalisée à l’occasion d’un concert de Dom au Café de l’Est à Guénange hier, Samedi 15 Décembre 2012, avec notre ami Jo en première partie. Au cours de ce concert, une expo photo avait lieu. Olivier Liévin y présentait ses plus beaux clichés de concerts avec Dom (voir photo de cet article également). D’ailleurs il n’est pas à exclure que vous retrouviez bientôt cet artiste aussi en interview sur votre webzine préféré!

 

Avant de vous le livrer, je voudrais vous dire que c’est probablement là le plus bel entretien que j’ai eu à faire. Celui dont je suis la plus fière aussi. Parce que le contexte de notre rencontre a été spécial. J’avais promis de venir, puis quelques soucis sont venus contrariés le plan. Mais poussée par son énergie et sa gentillesse, je me suis décidée à participer quand même. Et puis je n’avais pas prévu de faire l’interview à ce moment, alors je n’avais rien sur moi, aucune note. Rien. J’y suis allée au feeling, sans filet (au talent, dirait l’amie qui m’accompagnait!).

 

Au final, ça donne plus une confidence qu’une interview. En backstage, il m’a fait l’amitié de me recevoir. Autour d’une table, une guitare toute proche, des rires: c’est une bande de potes qui discutent. J’ai eu la sensation du temps qui s’arrête, d’un doux flottement. Il faisait froid mais il y avait bien assez de beaux coeurs et de belles âmes autour de cette table pour se réchauffer. Hormis quelques questions, je n’ai plus eu qu’à me taire, m’asseoir et l’écouter se raconter… Et là, soudain, j’ai compris…

 

Salut Dom! Alors dis-moi, peux-tu te présenter: qui tu es? D’où tu viens? Comment tu es arrivé à la musique?

J’ai commencé la musique à partir de l’âge de 6 ans. Mes parents m’ont inscrit au conservatoire avec la clarinette et le solfège. Et puis le chemin s’est poursuivi vers l’école musicale à Metz  Taison. Ensuite j’ai passé tous les examens de fin d’année avec mention « très bien » à l’unanimité. Je jouais de la clarinette donc c’était particulier, je ne comprenais pas toujours tout ce que je faisais, mais j’ai toujours eu de très bons résultats. Et d’un seul coup j’ai compris que la clarinette n’intéressait personne sauf peut-être les gens avertis. Alors j’ai décidé de prendre une guitare rouge et d’aller chanter pour les copines qui elles, n’en avaient rien à faire de ma clarinette! Donc j’ai pris ma guitare et puis j’ai commencé à chanter des chansons, toujours en français, dès le début…

 

Je m’interromps et laisse Dom embrasser la jolie princesse qui vient d’entrer dans la pièce: sa fille. En osant à peine regarder, comme si j’avais peur de les déranger et voler un moment privé, je me confirme intérieurement ce que je pensais: à la scène comme à la ville, c’est un être vrai, pur, sensible. Il reprend…

 

Ensuite j’ai rencontré Stéphane à l’école. Il était à la batterie. On faisait des petits concerts pour les gens du lycée. Et de fil en aiguille… En fait à l’époque je faisais de la guitare mais ne chantais pas. Je ne voulais pas chanter. On avait un chanteur mais il s’est cassé la jambe! Alors il était là, avec son plâtre: « Je ne viens pas! Dom, tu veux pas chanter?! ». Bon ben j’ai chanté! Et puis après les autres se sont dit: « Ce serait bien que le chanteur ne chante plus et que ce soit toi qui chantes! ». Alors c’est resté comme ça. Il y a eu un premier groupe, Osiris, ensuite il y a eu Salomé. ça a pas mal joué avec Jacques Higelin, les FFF et plein de groupes durant une bonne dizaine d’années et plus de 500 concerts.

 

En 2000 j’ai décidé de partir seul et faire mes chansons. Devenir quelqu’un avec des chansons. ça fait 13 ans maintenant. J’ai appris que le métier de chanteur est très difficile. J’ai appris que c’est aussi du travail, du travail… et du travail!

 

De quoi tu te nourris pour faire tes chansons? De ta vie quotidienne? Ton expérience de vie? Ton passé?

Déjà, mes chansons sont toujours écrites en partage en binôme avec  Jil-Victor Thiam. On écrit ensemble. Et aussi avec Dany Des Rues pour les dernières chansons en date. Je viens avec des thèmes, des idées.

 

Alors après toute cette route avec les Salomé, démarrer une carrière de chanteur, c’était un peu dingue. En plus j’étais pas mal fatigué à 29 – 30 ans. Je me sentais plus vieux qu’aujourd’hui alors que j’ai 10 bonnes années de plus! C’est rigolo! C’est bon signe! Il faut que ça continue comme ça! Aujourd’hui je suis vraiment en phase. J’ai rencontré des gens formidables. J’ai un coach formidable, Edouard Romano. J’ai autour de moi une équipe fantastique avec à la batterie Patrice Gonzo et Hervé Rouyer, Stéphane Glanois à la basse, mon vieux copain qui était à la batterie dans mon tout premier groupe quand j’avais 13 ans et demi. Avec notre rencontre, c’est nous qui avons inventé un peu l’histoire de A à Z. Et puis Jean Wende qui vient me rejoindre au piano, c’est un vrai cadeau. Ce mec est fantastique. Je suis vraiment bien entouré. J’ai des supers potes qui font de la super musique et qui ont beaucoup de bienveillance envers moi. Mes nouvelles chansons leur plaisent. J’en ai fait une tout à l’heure à la fin, « Domestique ». On l’a déchiffrée hier, on l’a joué pour la première fois ce soir pour faire un cadeau à Dany qui était dans la salle. Il y a un gros potentiel dans cette chanson. On est sur quelque chose de solaire.

 

On y revient!!!

Oui! Mais je l’ai toujours été. Et je trouve que la teneur globale de mon concert commence vraiment à trouver une unité sur l’ensemble du show. J’ai toujours eu un peu ce problème d’aller à gauche, à droite. ça donnait des kaléidoscopes. Là j’ai vraiment l’impression qu’on a réussit à ne garder que ce qui va bien ensemble, ce qui résonne. ça me plait, je suis très content.

J’ai une belle tournée qui s’annonce pour 2013. Je n’ai jamais eu autant de concerts à faire que l’année qui vient. Donc de quoi je peux me plaindre?! De rien!

 

Soudain très enthousiaste Aujourd’hui c’est ma teuf! En plus Eve elle est venue alors qu’elle n’allait peut-être pas venir! Et elle est venue quand même!

 

Eh oui!

Et elle est contente de sa soirée!

 

Oh oui! Mais je t’avais promis que je viendrai!

En plus hier elle était avec les stars et là elle est venue dans mon petit café!

 

Au niveau des couleurs de l’album maintenant. Je t’ai découvert en première partie de Cali il y a quelques mois. Et comme je l’écrivais dans l’article que j’avais produit récemment, c’est très solaire. Est-ce que ce sont tes origines aussi qui t’inspirent dans ces thèmes et cette couleur au niveau des sons?

Au niveau des origines, c’est un peu une question piège. Parce que je suis de ces enfants qui ont été abandonnés. Donc mes origines sont un peu… je ne dirai pas douteuses mais peu sues. Du coup, je pense qu’au fond de moi j’ai toujours envie qu’on se donne la main. En fait je crois que je suis un peu fleur bleue! Moi j’ai rêvé sur Janis Joplin, sur Joe Cocker à Woodstock quand il chantait: « With a little help for my friend ».

 

Un peu de Bob Marley aussi, non?!

J’étais moins touchée par Bob Marley que par Joe Cocker, paradoxalement. C’est vrai, j’ai le faciès de Bob Marley. On me le dit souvent! Mais ce n’est pas parce que j’ai le faciès de Bob Marley que j’écoute spécialement sa musique! Il faut se méfier! Ce qui a l’air d’un lézard n’est pas forcément un lézard!

 

Le faciès de Bob Marley et la voix très blues! Et ça s’est particulièrement remarqué ce soir quand tu chantais en anglais. Tu as vraiment la voix taillée pour le blues. En anglais elle sonne particulièrement bien.

Je sais et c’est pour ça que je ne le fais pas souvent, justement. Si tu veux, c’est un système de mimétisme assez intéressant mais qui par ailleurs ne m’intéresse pas du tout.

 

Donc on ne verra jamais un album de Dom Colmé en anglais version blues?!

ça ne m’intéresse pas, non.

 

C’est dommage! Tu prives tes admirateurs et admiratrices d’un trésor! Tu es conscient de ça?!

C’est possible! Il rit. Mais il est vrai que ça me fait plaisir que tu me dises ça parce que mon grand ami et mentor, Michel Pradel, qui jouait dans un groupe qui s’appelait Alambic Mike Band, de Florange, me disait toujours: « Putain si tu chantais le blues mon gars, il n’y aurait personne au-dessus de toi en France… ». J’avais 20 ans, ça ne date pas d’hier! Mais moi, c’est chanter en français pour mes contemporains, des choses que je veux qu’on partage, qu’on chante ensemble, qu’on vive ensemble, qu’on comprenne ensemble et qui servent. Quand tu repars avec la petite chanson que tu fredonnes dans ta tête, elle fait sens. Elle fait sens à ta vie, en matière musicale ou personnellement aussi.

 

Mais même en anglais on peut donner du sens: dans la mélodie, dans le ressenti… Sans forcément comprendre les paroles…

Bien sûr! Mais ceux qui chantent en anglais le font si bien qu’il n’y a pas besoin que je m’y mette. Je pense que si tu fais venir un grand chanteur américain pour chanter le blues, ce sera toujours mieux que si c’était moi qui venais faire le cacou. Dans un sens ça fait un peu numéro de cirque, tu comprends. Tu parlais tout à l’heure de la première partie de Cali. Si je venais à chanter une chanson comme ça en première partie de Cali, et même si j’en maitrise une paire seul avec ma guitare, le problème est que je passerai directement dans la case des chanteurs de gospel. Et en chantant le gospel, pour revenir après avec ta petite chanson en français…

 

C’est le grand écart!

Ah oui , complètement. Parce qu’après c’est Alain Souchon, Laurent Voulzy, Francis Cabrel, Brassens, Brel, Cali, c’est qui tu veux. On a tous nos références.

 

Tu t’inspires justement de ces chanteurs?

Je pense que Brel est proche de moi non dans ce qu’il écrit, mais quand il envoyait une phrase, il l’envoyait comme les chanteurs de soul, tu vois. Brel c’est comme Otis Redding. Je ressens la même chose chez ces deux personnages. Ce sont des gens jusqu’au-boutistes, toujours en haut. C’est « l’inaccessible étoile ». A chaque minute du concert ils sont dans « l’inaccessible étoile ». Brel comme Otis, et pourtant ils ne font pas le même business. Ils ne vendent pas aux mêmes gens et pas pour les mêmes raisons.

 

Moi je veux chanter mes chansons. Le pari du français, c’est ma bataille depuis 17 ans. Je n’ai pas envie de laisser tomber comme ça.

 

On a une si belle langue, si riche, alors pourquoi la laisser tomber finalement?!

Voilà! Et puis je crois qu’en ce moment c’est bien plus ouvert en France. Beaucoup chantent en anglais. Mais il y a aussi beaucoup plus de gens bilingues. Moi je ne suis pas bilingue. Je connais le texte mais je ne pourrais pas improviser dessus. Je n’ai pas le niveau. Alors ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie de tricher avec moi-même. En plus, le mimétisme dont je te parlais tout à l’heure, c’est dangereux pour continuer à créer. Il est très facile de faire du blues, de l’imiter. On est tout de suite à la Nouvelle-Orléans. C’est vachement bien mais en même temps c’est un petit peu inconséquent. C’est comme en amour, il y a des choses qui sont super bien mais complètement inconséquentes.

 

Et cet album, comment il est né? Où? Par l’idée de qui?

Ce qui va sortir c’est un 4 titres qui va s’appeler « J’irai », enregistré avec l’équipe de musiciens de ce soir, renforcée par Eric Starczan. Un autre 4 titres viendra par la suite coécrit avec un auteur avec qui je travaille en ce moment sur les chansons « Domestique », « La pluie » qui est un petit truc tout fou, et la chanson « Un terrain d’ébène », qui pour moi est vraiment je crois la chanson la plus jolie que j’ai faite jusqu’à aujourd’hui, sans me jeter de fleurs, et un 4ème titre qu’on n’a pas pour l’instant. Parallèlement à ces deux 4 titres, je sortirai un 4 titres live tiré de mes premières parties de Cali et autres. J’y suis seul avec vous, le public, la guitare folk et mon chant. Et on aura ça sur le live. On aura donc 3 petits produits.

 

Comme ça, les gens pour qui c’est difficile aujourd’hui pourront s’offrir un 4 titres à 5€. ça ne va pas plomber leur budget. Parce qu’un album c’est beaucoup d’argent, c’est 10 ou 12 €, ça représente de l’argent aujourd’hui. Et c’est difficile pour les gens. Je vends la plupart de mes albums lors de mes concerts et je vois bien que les gens ont du mal. Alors que ça ne fait qu’ 1€ par chanson. Donc j’ai décidé d’être plus dynamique: faire des petits produits de très bonne qualité qui vont venir faire des étoiles dans la tête des gens et qui feront qu’un mec va me dire: » Finalement je prends les 3! »! Et puis je pourrais aller voir les producteurs et leur dire que j’ai fait un 4 titres, et puis à un autre producteur lui donner un autre 4 titres différent. Chacun le sien! C’est dynamique et sympa. J’espère que ça va marcher. Mais je suis sur une bonne pente.

 

Donc pour toi la musique est plus une affaire de coeur que d’argent?

Une affaire d’argent est une affaire d’argent pour toute personne liée à son cordon de Jack!!! Parce que forcément la musique se fait aussi avec des choses matérielles, il faut payer le batteur, le bassiste,… Il y a toujours un coût. Mais je crois que je suis un petit peu de la Commune, tu vois! Je suis un Communard! Je suis un rouge! Il chantonne Donc chacun doit donner pour rétribuer celui qui se donne. Mais je suis parfois gêné quand on me demande mon cachet. Je ne sais pas! J’ai tellement l’habitude de réagir et de réfléchir en salaire. Un salaire chacun, tous le même. On ne frime pas. On veut jouer, être là parmi vous.

 

Olivier Liévin, le photographe, vient nous saluer avant de partir. Nous interrompons l’entretien quelques minutes. Puis nous reprenons.

 

Voilà, je tiens à dire aussi qu’ici ce n’est plus une relation interviewé-intervieweur, mais bien une relation d’amitié avec Eve et je suis très content.

 

Et moi très touchée… Je tente de me reprendre pour continuer… Et dis-moi, raconte-moi un peu comment tu t’y prends pour composer une chanson.

Eh bien ça dépend! Par exemple, la chanson « Domestique » s’est faite comme ça: avec Dany on s’était donné rendez-vous dans un petit bar de Metz et il me dit: » Voilà ce que je vais faire. Je vais te faire une interview en 8 points: le meilleur souvenir de ton enfance, le plus mauvais souvenir de ton enfance, ton parcours scolaire, quand tu as commencé les concerts. Je vais faire une chanson biopic sur toi. Donc j’ai besoin de savoir ton meilleur souvenir avec ton père. Ton père à 8 ans, ça te rappelle quoi? » Que des trucs de fou comme ça! Alors j’ai répondu, on a discuté. Le soir même, à 19h30 dans ma boîte mail, il y avait « Domestique ». Nette, écrite, on n’a jamais bougé une virgule et on la chante comme ça.

 

C’est un cadeau pour toi ça!

Un merveilleux cadeau. En plus j’ai vraiment l’impression que je suis à l’origine de ce qui est dit. Alors ça fait sens dans ma bouche parce que j’ai envie de le défendre d’une façon immense, ce qui n’est pas toujours le cas. Là c’est exceptionnellement réussi. Vous n’en saurez pas plus, il faudra attendre le 4 titres!

 

Dans ta façon de chanter qui va de paire avec les thèmes des chansons que tu défends, à savoir la liberté et autres…

Très juste!

 

Est-ce que c’est une façon d’affirmer que tu es un homme libre, que tu chantes ce que tu as envie de chanter? Dans un monde où on est de moins en moins libres, est-ce que c’est ta façon de garder une certaine liberté?

Mais oui, Eve! Mais oui, exactement! J’ai l’impression que c’est même l’antidote à ce monde préfabriqué, standardisé. On est là, on veut nous fabriquer des chanteurs qui chantent tous la même chose, qui ont tous la même voix et c’est toujours le même texte et ça vient toujours du même auteur et il est signé chez le même éditeur. Je suis loin d’être un gars qui croit qu’il est juste. J’essaie de tendre vers quelque chose de juste. Mais par contre ce dont je suis sûr, c’est d’être quelqu’un qui ne fait pas de compromis avec l’amour de la musique. C’est pour ça que je pense être un chanteur riche de moments passés à faire une musique que moi seul ai le droit de faire parce que je n’ai personne sur mon dos pour me dire que ce n’est pas comme ci, trop comme ça… Parfois on me dit: » Avec ce que tu connais de la musique, pourquoi tu ne fais pas un single qui déchire tout? ». Parce que je n’ai pas envie de m’y résoudre. Je n’ai pas envie de venir sur ma feuille et travailler pour que le plus grand nombre se dise « C’est trop chou! ». Je pense que beaucoup le font mieux que moi. Et ça s’est vérifié par les chiffres. Je pense que je suis là pour autre chose. Je pense que je suis là pour la personne qui rentre après une nuit blanche difficile. Elle rentre chez elle et là, seule, c’est ma musique qu’elle va écouter sur sa platine. Je dis ça depuis longtemps. Ma musique est essentiellement faire pour les gens qui traversent des moments de solitude et comme ça, ça leur fait une petite barque pour traverser, tu vois. Alors évidemment ce n’est pas un grand bateau en première classe mais… déjà au moins tu n’es pas mouillée!!!

 

Et tu peux nous donner des dates où on pourra venir te voir et t’applaudir?

Je pense que la meilleure façon de faire est encore de rester connecté avec moi sur mes pages Facebook et MySpace. Tout y est annoncé. Par contre il faut savoir que je vais tourner du 14 Janvier au 9 Mars, et dans cette période je devrais jouer une fois dans notre région. J’ai beaucoup de contrats dans la France entière. Je vais partout. En Suisse même. Après, on pourra me voir dans la région, mais je n’ai pas encore de date, au Lycée Colbert à Thionville, le 1er Février également à la Médiathèque de Créhange, à la Fête de la Grenouille à Joeuf aussi. . Mais ça ce sera plutôt pour le mois de Mai. Et on vient de me demander de faire la fête de la musique à Guénange.

 

Alors c’est la fin de notre entretien déjà. Je vais te laisser le mot de la fin. Dis ce que tu veux, lâche-toi!

Je voudrais dire que c’est un moment particulièrement chaleureux pour moi en ce moment à l’approche de ces fêtes. Pourquoi? Parce qu’en fait je m’aperçois que petit à petit ma démarche fonctionne. Jacques Higelin m’avait dit en 92: » Dom, ton public, tu le trouveras en France 5 par 5, 2 par 2, 3 par 3. Et uniquement 5 par 5, 2 par 2 et 3 par 3. » Il avait fichtrement raison. ça fait six mois que 2 par 2, 3 par 3, 5 par 5, mon public se constitue. J’en suis très fier! ça reste modeste, artisanal, mais j’en suis très fier.

 

« Les petits ruisseaux font les grandes rivières »!

Voilà! Exactement, Eve! Et non seulement les petits ruisseaux font les grandes rivières, et puis les petits ruisseaux, c’est bien tout court!

 

C’est calme, ça démarre doucement, pour que ça puisse monter…

Ce sont les chemins de traverse aussi. C’est important. Il ne faut pas toujours prendre le péage. Il faut aussi savoir prendre les départementales, tranquillement…!

 

Merci Dom!

Merci à toi Eve!


27/03/2013
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5 Mai 2012: Tête-à-tête tout en sensibilité avec... Jessica Marquez

 

C’est lors d’un après-midi sombre et orageux que j’ai eu le bonheur de rencontrer Jessica Marquez à Metz. Elle est arrivée avec une amie, toutes deux souriantes et accessibles. Autour d’un verre, dans une ambiance à la fois intime et animée par le monde autour, avec franchise, sincérité et humilité, avec humour aussi, Jessica s’est confiée sans détour sur son parcours, son nouvel album « Les filles du calvaire » sorti le 16 Avril, pour vous, chers lecteurs et chères lectrices du Graoully Déchainé! J’ai rencontré une jeune femme bien dans ses baskets, motivée et lucide. Conversation à lire ici et maintenant!

 

Jessica, bonjour et merci d’avoir accepté l’invitation du Graoully Déchaîné!

Mais de rien, au contraire, je suis très touchée!

 

Nous, le grand public, t’avons connu avec la 1ère édition de la Star Ac’ il y a déjà près de 10 ans…

10 ans révolu! Cela fera 11 ans cette année!

 

ça ne me rajeunit pas!

Moi non plus!

 

Voilà donc ma première question: comment gère-t-on cette notoriété, qui a été soudaine, puisque vous avez quand même été mis tous sous les projecteurs comme ça, du jour au lendemain?

ça ne se gère pas, je pense. Surtout que c’était la première édition. En revanche, tout ça est très très très loin de moi. Je n’ai pas trop l’habitude de me retourner vers mon passé, d’autant que ce sont pas forcément des souvenirs très agréables. Surtout personnellement parlant. Après, je ne regretterai jamais les gens que j’ai connu là-bas et ce que je suis devenue par rapport à ce tremplin-là. Pour moi la Star Ac’ 1 a été un vrai tremplin. Quoi qu’on puisse dire sur ce genre de concept d’émissions de télé-réalité.  J’ai la chance aujourd’hui d’avoir fait la 1ère édition.

 

C’était un concept inédit donc forcément…

Oui, c’était la nouveauté de la chose. Et puis on était très insouciant, j’avais 23 ans. Tu pars là-bas comme dans une colonie de vacances. Tu n’as pas encore les tenants et les aboutissants de ce genre de concept, donc après, on ne gère pas.

 

Oui, il n’y a pas le recul nécessaire…

Non, et puis il n’y a pas forcément de suivi psychologique. Le seul remède c’est la musique.

 

Et puis cette étiquette qu’on colle forcément à la sortie d’une télé-réalité, comment ça se gère ce genre de chose? Est-ce que c’est pareil que la notoriété et que ça ne se gère pas?

Les 3 premières années tu en profites un peu parce que c’est la « mode Star Ac’ », avec les éditions 2, 3 et 4 qui ont suivis. Donc effectivement, au début la Star Ac’ avait une bonne image. C’est en en faisant 8 que la belle image a disparu. Et on a fini par confondre la Star Ac’ avec Koh Lanta, l’Ile de la Tentation… Donc l’étiquette était belle à porter les premières années. Après, il faut faire de la musique, il faut les bons choix, être bien entouré dans le milieu-là et ne pas hésiter à faire des rencontres parce que c’est ça qui vous sauve. Le bon moment, la bonne personne, et ça peut devenir magique. Mais il ne faut jamais abandonné. Là, je sors mon album 6 ans après le premier.

 

Et puis après il y a eu un silence, alors que pourtant ça marchait bien. Ton 1er album a bien marché, la chanson « Maria Magdalena » tournait très bien. Alors pourquoi cet arrêt? Est-ce que c’était un besoin de recul? Est-ce que c’était un temps nécessaire à la création?

Non, c’est que tout simplement j’ai quitté ma maison de disque. J’ai quitté Universal Music. Tout le monde veut y entrer mais moi je suis partie en claquant la porte. J’ai eu à cette époque un désaccord avec pratiquement toute la maison de disques sur le choix artistique qui a été fait. Et le 1er album, je ne l’ai pas trop assumé. Avec les années qui sont passées, je suis apaisée de ça aujourd’hui. D’avoir pu mettre en balance ce nouvel album, qui est complètement le mien, que j’ai co-écrit, co-composé, participé aux photos, au graphisme, ce qui à l’époque n’était pas trop mon cas. J’ai voulu faire une séparation entre la Star Ac’ et ma future vie d’artiste et de femme. J’ai donc rompu mon contrat de Star Ac’, Endemol, Universal. J’ai vaqué à d’autres choses, je me suis mise au vert pour apprendre mon métier, c’est-à-dire écrire des chansons, pour refaire un autre album qui me ressemble plus.

 

Donc finalement c’était aussi un temps nécessaire à la création… ça t’a sans doute permis de te construire une identité…

On disait tout à l’heure que la notoriété ne se gère pas. Mais je me suis peut-être guérie aussi à ce moment-là en m’éloignant de tout ce qui ne me ressemble pas.

 

On a vu récemment que tu as fait un retour dans l’émission « Encore une chance » qui était diffusée sur NRJ12. Est-ce que c’était une envie de renouer avec ce que tu disais tout à l’heure, à savoir le fait que ce concept soit inédit, ou est-ce que c’était aussi le besoin de boucler une boucle en quelque sorte?

Merci! Alors là, bravo! Chapeau! C’est exactement ça! J’ai hésité pendant une semaine à dire « oui » à cette émission, et en fait je t’avoue que je m’ennuie un peu, je manquais d’adrénaline. J’avais envie de revoir certains camarades parce que je savais qu’ils faisaient cette émission. Et au bout de 8 jours, j’ai demandé à sortir, parce que ça ne me convenait pas. Et je ne me sentais encore une fois pas intègre avec le choix que j’avais fait là. Mais si je n’avais pas fait ça, et c’est ça la vie, on peut faire des mauvais choix, mais j’ai rencontré Pierre Nogueras, avec qui j’ai fait ce clip troublant « Conne d’amour ». Et si je n’avais pas fait cette émission, eh bien je n’aurai pas rencontré Pierre! Du coup, l’un dans l’autre, ça s’équilibrait. Et puis 8 jours, ça n’abime pas tant que ça…! Mais je sais que ce n’est plus pour moi. La boucle s’est bouclée là, 10 ans après. Et je trouvais ça fantastique!

 

Tu as vu un peu les questions!

C’est très très bien! Parce que là, tu as fait ta question dans ma réponse!

 

C’est ça quand on a fait un peu de psychologique, qu’est-ce que tu veux!!!! (Rires) … Bref!!! Au niveau de cet album, j’ai écouté les chansons et il y a une constatation générale que j’ai pu faire: on a l’impression d’un réel virage musical par rapport à ce que tu avais fait avant, une vraie coupure par rapport à ce qui s’était passé…

Comme quoi, prendre le temps,  ça a du bon!

 

Est-ce que c’était une volonté assumée ce virage musical, ou est-ce le hasard du parcours de composition?

Carrément! Je t’explique: c’est compliqué, j’ai eu des soucis avec label participatif sous lequel j’étais. Donc tout ça, c’est le fruit du travail qu’on a récupéré, des pistes qu’on a remixé. Mais pas réarrangé, parce que les arrangements de Marc Chouarain, je les voulais comme ça! Marc Chouarain c’est, entre autres, le pianiste de Diam’s sur la tournée « Dans ma bulle », il travaille avec Benjamin Biolay, avec Keren Ann…

 

Une pointure donc!

Exactement! Mon batteur sur cet album,c’est le batteur de Cabrel, le bassiste a bossé avec Johnny, il a fait tout les albums pop variété sur la place de Paris, donc…  Je voulais absolument récupérer ce travail qui a été bloqué pendant 2 ans chez une liquidatrice judiciaire. Donc les textes ont plus de 2 ans. Déjà ils sont intemporels. On a pris le risque de racheter quelque chose 2 ans après. Mais apparemment cet album est vraiment intemporel. Même dans 10 ans on pourra écouter « Les filles du Calvaire ». Je ne pense pas que ce sera ringard. Au niveau du son, j’entends. Donc ça, c’était en 2009. Juste avant l’album, j’ai rencontré André Petiteau, avec qui j’ai collaboré en co-composition, des guitares-voix. Il a complètement cerné le grain de ma voix. Jusque-là, on me faisait chanter à la Lara Fabian, on m’a donné un titre de « chanteuse à voix » alors que ce n’est pas vraiment le cas. Ce sont des fréquences très moches. Je peux le faire, mais c’est moche. Et c’est le seul mec qui a eu l’honnêteté de me dire ce qu’était ma voix. Alors on a pris le temps. J’habitais encore à Paris à ce moment. Je lui montrais mes textes et aujourd’hui, c’est mon producteur… Et puis avec lui on a monté le label Selyba Production. C’est-à-dire que le clip de « Conne d’amour », le single et l’album ont été fait en 4 mois.

 

Ah oui! Donc c’était quand même en un temps assez restreint!

Oh oui! Et on est 3 ou 4 seulement dans le label! On est des artistes complets: on est aussi bien dans l’image que dans la composition, que dans le juridique, dans la psychologie humaine aussi. Parce que c’est hyper important quand tu fais ce métier-là. Pour savoir durer il faut être humble, travailleur, rigoureux,… Et André m’apporte cette stabilité psychologique, musicale, personnelle. Alors ça y est, je pense que, enfin, 10 ans après, je suis bien entourée! Et ça fonctionnera d’abord parce que j’ai cet entourage. On a vraiment un fonctionnement très humain. On a choisi le photographe qui est un super ami, le webmaster est ma meilleure amie! André, je le connais depuis 4 ans… Donc ce ne sont pas des gens qui sont là pour le business qui sont là en me disant: « Tiens, on va faire cette chanson parce que ça va être un tube! ». Non! Si on arrive un jour à faire un tube, c’est peut-être qu’on est des génies, mais…

 

C’est presque un travail de famille!

Mais c’est ça, oui! C’est ma famille que je me suis créée, qui se retrouve sur un album, c’est immortalisé, et c’est génial!

 

Au niveau de la musique, maintenant. En en faisant un petit peu l’analyse, on retrouve des traits hispanisants sur certaines chansons. Est-ce que c’est une volonté de retour aux sources?

Oui! Et puis on a fait notre premier concert le 21 Avril. La seule chanson ancienne qui va bien dans le set c’est « Maria Magdalena »! Tout le reste est très « tango argentin ». Les arrangements scéniques sont un peu différents de l’album. On retrouve vraiment une autre couleur, encore plus hispanisante. Et puis moi je me suis mise aussi aux petits instruments de percussion! J’apprends le xylophone, je fais des claviers, je me suis achetée un micro, le même qu’Adèle… Bref, moi j’ai adoré ces musiciens parce qu’il y a un groove alors qu’on est que 4 sur scène. Et il fallait le faire sur les arrangements de Marc! Faire sonner ça à 4, moi j’ai eu peur! Et en fait… C’était quoi la question déjà?!!!!!! Je me suis emballée! (Rires)

 

C’est pas grave! On parlait de traits hispanisants sur certains titres!

Ah oui! Et donc du coup, sur scène ça se ressent encore plus! Et je vais encore aller plus loin dans le 3ème album. Parce que j’ai carrément envie d’aller en Espagne!!! Prendre un guitariste espagnol et faire du tango argentin! J’adore ça! Dans cette danse, il y a le flirt, la dispute, la réconciliation, etc… Et dans ma vie je suis un peu comme ça, très entière, très passionnée. Je trouve que c’est une danse qui me ressemble bien. Et musicalement parlant c’est ce qui me touche.

 

On trouve aussi sur cet album des sons qui sont plus pop-rock…

Ah, tu trouves?!

 

Oui, ce côté pop-rock que je n’ai pas forcément retrouvé dans ce que tu faisais avant. C’est moins variété, moins commercial, et c’est bien ce que j’ai aimé dans cet album-là. ça sonne vraiment comme quelque chose qui peut durer. Pas un succès flash éclair qui va passer dans 3 mois. Et il y a aussi un côté qui inspire un peu la rêverie. Alors est-ce que ça fait aussi partie de ta personnalité? Par exemple, sur « Conne d’amour », si mon oreille musicale est bonne, il y a du xylophone… C’est un côté que tu as voulu aussi mettre en avant?

C’est surtout le côté « Amélie Poulain » et Yann Tiersen que j’ai voulu mettre en avant…

 

J’ai ressenti ça, effectivement!

Je suis fan de la B.O de ce film, je suis fan de cinéma et d’Audrey Tautou. Et à l’époque j’étais partie sur quelque chose de plus enfantin. Il y a beaucoup de toy piano aussi. Donc oui! En plus je ne suis pas du tout dans l’imaginaire. C’est complètement autobiographique! Dans tout l’album, je ne suis pas du tout entrain de parler de quelqu’un d’autre, je parle de moi. Là aussi, peut-être que c’est encore ma guérison à travers les mots?… Les mots pour les maux! En plus le xylophone sur scène c’est bien, ça fait le show. J’aimerai apprendre pour lancer « Conne d’amour », « Joli coeur »… Parce que l’album c’est bien, mais il faut le faire vivre sur scène, sinon ça ne sert à rien. C’est là où je suis le mieux!

 

J’allais te le dire!

Là, tu vois, je m’ennuie! Je suis rentrée, j’ai juste envie d’être le 23 Juin au prochain concert!

 

Concert auquel le Graoully Déchaîné sera d’ailleurs!

Exactement!

 

Au niveau du thème, sur tout l’album, le thème central c’est l’amour, qui est, j’ai l’impression, décliné sous toutes ses formes: les peines de coeur, le célibat, le couple. Est-ce que c’est un peu autobiographique d’une part? Et d’autre part, est-ce que c’est aussi une forme de thérapie de parler d’amour de cette façon?

Alors là, je vais te dire un grand secret: je n’ai jamais vécu en couple. Je n’ai jamais habité avec quelqu’un. Je ne connais pas. Alors bon… A un moment donné, ça chiffre, dans ma tête et dans mon corps aussi. Tu ne peux pas avoir un enfant à tout les âges. L’horloge biologique qui tourne et qui nous fait paniquer… Euh… Bref…!

 

En un mot?!!! (Rire général)

J’ai aussi appris en regardant les autres. Je suis issue d’une famille espagnole nombreuse, avec 27 petits-cousins. J’ai des petits-cousins plus jeunes que moi qui ont déjà des enfants, qui sont mariés, avec le CDI. Ce que j’appelle « le cliché de la famille judéo-chrétienne » que nous a imposé la société il y a XXX années. Et je suis complètement à l’opposé de tout ça: je ne crois pas au mariage, je ne crois pas qu’un enfant ravive un couple, je ne crois pas en la vie de couple non plus. Je serai comme Françoise Hardy et Jacques Dutronc. Mais du coup ça me pose un problème: je suis complètement extralucide sur ce qui se passe. On n’est pas de la bonne génération. Si on veut avoir un gamin, une famille, on n’est pas de la génération qu’il faut. Donc peut-être que je me suis protégée de tout ça et que je suis devenue malgré moi une « fille du calvaire », alors que peut-être qu’un jour je serai la plus heureuse quand j’aurai un enfant. Je n’en sais rien. Ce que tu ne connais pas ne peut pas te manquer. Alors je parle de ça peut-être pour me protéger derrière tout ça. Mais oui, j’ai eu des grosses peines de coeur…

 

Parcours classique!

Et les femmes se retrouvent toutes dans mes albums!

 

J’ai cru comprendre!

Je te l’ai dit, le prochain va être encore plus terrible!

 

Pour les textes, c’est toi qui les écrit seule? Ou bien tu as des auteurs avec toi?

Toute seule, oui! Sans musique. J’écris d’abord le texte et les compositeurs font la musique sur les mots. C’était ça le plus important pour moi: il fallait que ce soit mes mots. Sur le 1er album j’ai travaillé avec des gens. Je leur racontais les choses mais ce n’était pas aussi fort que si c’était moi qui écrivais. « Les filles du calvaire », c’est MA chanson! Je l’ai écrite un Samedi soir chez maman. Je devais sortir mais je me sentais inspirée, j’avais des coups de génie pendant une nuit d’insomnie. Elle est née comme ça et c’est ma préférée.

 

En reparlant des thèmes, il y en a qui sont particulièrement difficiles comme dans « Les filles du clavaire » qui est finalement une chanson très dure…

J’aurai pu faire une chansons sur les femmes battues, ç’aurait été pire…

 

C’est vrai…

J’ai failli le faire puisque je connais le sujet par coeur…

 

…Peut-être dans un 3ème album?

Peut-être… Mais bon, j’ai envie d’être plus drôle et plus légère maintenant! Tu vois, avec l’âge, j’en ai marre d’être dramatique. On m’a reproché de ne pas être assez légère, qu’il faudrait que je sois plus dans l’humour, la drôlerie, le cynisme… Un peu comme le Graoully Déchaîné!!!! En fait il faudrait que je lise plus vos articles pour le 3ème album!!!!!!

 

Des thèmes plutôt difficiles donc, mais qui sont opposés à des musiques douces qui vont avec ta voix douce. Est-ce que là encore c’était une volonté d’apposer des musiques douces sur des textes assez durs?

ça c’est Marc Chouarain le génie pour ça! Justement, il me disait que c’était très dur. Il me disait: « Je vais te faire un truc très léger. » On m’a déconseillé de faire du piano-voix sur scène, tu vois!

 

Du coup, des instruments comme le xylophone ou le thérémine viennent un peu alléger tout ça, comme pour donner des allures de conte de fée. Sinon c’était très dramatique. Mais Marc Chouarain est un ami aussi, donc on s’est mis des soirées à jouer au piano, discuter. ça faisait 2 ans qu’on se connaissait quand il a réalisé l’album. Il savait mes goûts musicaux et de manière générale il savait tout par coeur de moi. C’était un travail sur mesure, vraiment.

 

Pour ce qui est du titre de l’album, je pense qu’il résume très bien ce thème central qu’on évoquait tout à l’heure…

Il y a 2 ans, l’album devait s’appeler « Au millimètre près », après il devait s’appeler « De tout et de rien », et André, sur la route de Dordogne en allant répéter, me demande comment on allait appeler cet album. C’était tellement évident de l’appeler « Les filles du Calvaire », que je n’y avais pas pensé.

 

On passe souvent à côté des évidences!

Ben oui, c’est ça! Il m’a demandé: « Mais pourquoi on ne l’appellerait pas « Les filles du calvaire »? ». Comme quoi, c’est toujours une histoire de temps!

 

Parce que finalement, quand on regarde les titres de l’album, tous, chacun aurait pu être potentiellement un titre pour l’album…

C’est comme ça que j’écris: je trouve le titre d’abord, je tape sur Google, et s’il est libre, je me dit: » ça c’est bon! »! Pour « Les filles du calvaire », il y a quand même Elsa qui a fait une chanson du même nom, il y a eu un bouquin sur l’anorexie, il y a eu Pascal Comelade, qui est un mec un peu barré, qui fait de la musique un peu expérimentale, qui a fait une chanson avec ce titre-là. Et beaucoup de titres ont déjà été utilisés par des rappeurs: « Un jour sans » par exemple. Il parait que ma façon d’écrire ressemble à celle des rappeurs! Soit!

 

ça dépend des références musicales qu’on possède!..  Alors ensuite, la jaquette! J’en suis tombée amoureuse!

OUFFFFFFFF!!! On a galéré! La personne qui a fait le livret n’est pas la même qui a fait la pochette. C’est un garçon qui a fait le livret.

 

Ah tiens, j’imaginais ça plutôt sorti de l’imagination féminine!

L’extérieur je l’ai fait avec ma meilleure amie. Moi j’avais déjà une idée de patchwork. J’avais fait des recherches sur Internet et il y avait l’album de Pearl Jam, « No code », qui était fait comme ça. Et Philippe Barbosa, un ami photographe qui a fait avec moi l’intérieur du livret, n’arrivait pas à voir ce que mon amie et moi nous voyions. Donc ce sont 2  personnes qui ont fait tout ça pour que ce soit parfait! Et on a pensé à tout: la typographie, les vraies photos de studio qui ont 2 ans, les remerciements. Heureusement les photos sont exclusives pour le livret. Je trouvais ça super important, d’intégrer ma « patte ». Et puis maintenant, c’est super vite fait, avec Picasa, avec l’Iphone. Mais du coup, le boulot ne s’arrête jamais quand tu le fais vraiment, et tout seul du début à la fin!

 

Ce que j’avais aimé sur la jaquette, mais après c’est mon interprétation, j’avais retrouvé dans l’entièreté de la jaquette, plein de signes qui font une synthèse du sentiment amoureux avec le temps qui passe, les marques que ça laisse,…

Ah oui! Pas mal!

 

Il y a un fanclub qui s’est créé autour de toi?

Oui! Je les connais tous! J’adore mes fidèles qui me suivent depuis 10 ans… J’ai aussi vraiment hâte d’élargir ça, de toucher des gens qui me ressemblent… J’ai hâte de voir en concerts de nouveaux visages, un nouveau public.

 

Et qui ne te connaissent pas forcément d’avant? Qui n’ont pas d’idées préconçues?

Oui, c’est ça le truc! J’ai hâte de ça!

 

Son amie prend la parole: « Elle a évolué, elle a changé en 10 ans ».

Oui, j’ai évolué, j’ai appris le métier.

 

Et puis je pense que c’est le passage de jeune fille à femme aussi qui y est pour beaucoup, non?

Aussi, oui, c’est clair.

 

Après c’est une évolution tant artistique qu’humaine…

Mais bravo pour le temps, les marques que ça laisse, tout ça! On ne me l’avait pas fait encore!

 

Pour ce qui concerne les concerts, on en parlait tout à l’heure, dis-nous tout!

Déjà, on a ouvert les choses pour que les gens commandent l’album en physique puisqu’on n’a pas de distributeur. Travail indépendant oblige! Mais tout en étant indépendants, on a quand même réussit à être 1er du top FNAC et Amazon. Pour une 1ère semaine de sortie d’album en indépendant c’est super et ça c’est grâce à mes fidèles! Ce public là me suit, relaie les infos, achète dès que ça arrive, aussi bien le digital que le physique. Donc vis-à-vis des maisons de disques, je trouve que c’est une belle revanche!

 

Et puis dans un travail indépendant, tu as sans doute plus de mérite.

Ah oui! Des nuits d’insomnie pour faire ça, on en a passé de belles! Mais sinon, les concerts à Metz: le 23 Juin à Moulin-lès-Metz, pour l’Elior Open Tennis pour un concert en plein air et sinon le 21 Septembre à La Passerelle de Florange.

 

Pour les projets d’avenir…

Ecrire un 3ème album, bien faire mes concerts, rôder le spectacle, faire 43 dates par an pour être intermittente et complètement épanouie, continuer à prendre mes photos…

 

Et puis, tu disais que tu n’aimais pas le chiffre 12, que tu préférais le 13! Alors pour la 13ème et dernière question, je te laisse carte blanche!

C’était de loin une des plus belles interviews que j’ai pu faire. ça se sent que tu as fais de la psycho, ça se sent que tu es une nana très sensible à mon travail, je suis très touchée par les petites remarques que tu as faites, je suis hyper honorée que Le Graoully Déchainée m’accorde cette interview. Sans déconner, je ne me suis jamais dit que vous alliez vouloir faire une interview d’une ex membre de la Star Ac’ et donc je suis super ravie. En plus dans ce bar, ma meilleure amie qui est là, on est quand même bien! C’est pas du travail tout ça?!!! Et je vous invite tous évidemment, les membres du Graoully, le 23 Juin! Et après on pourra refaire une interview pour le 21 septembre?!

 

Pas de problème!

Génial! En tout cas c’était super! Très bonnes questions et pour une fois ça change!

 

Et voilà les ami(e)s du Graoully! C’est fini! Mais pour prolonger le plaisir en écoutant l’album de Jessica « Les filles du calvaire », vous pouvez , pour commander l’album en physique, vous rendre UNIQUEMENT sur cette adresse : www.jessicamarquez.fr


27/03/2013
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