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"Un bonheur que je ne souhaite à personne", par Samuel Le Bihan

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J'attendais beaucoup de ce premier roman. Principalement parce que je suis admiratrice de longue date du travail de l'acteur. Peut-être tout aussi principalement parce qu'en tant que personne en situation de handicap, le sujet me touche plus, que j'y suis d'autant plus sensibilisée, à plus forte raison que j'ai moi-même travaillé auprès d'élèves atteints de troubles du spectre autistique.

 

Autant vous le dire tout de suite et avant toute chose: il FAUT lire ce livre. Parce qu'il est nécessaire, essentiel. Parce qu'il est juste beau, et qu'il ouvre une porte sur un monde à part, presque inconnu, une autre réalité, une autre temporalité, un monde atypique (par opposition aux humains neurotypiques que nous sommes). Mais un monde riche et bien plus sensible et sensé que la plupart imagine. Avant même sa sortie, j'avais trouvé le titre génial!

 

Je n'avais plus rien lu d'aussi beau sur le sujet depuis "Ma vie d'autiste", de Temple Grandin et "Moi l'enfant autiste" de Judy et Sean Barron. C'était des témoignages, j'avais 14 ans et c'est alors que j'ai commencé à m'intéresser de près à l'autisme. Je vais garder mon élégance toute féminine et me contenter de vous dire que ça fait donc un sacré bail!

 

Cette fois, c'est sous la forme d'un roman, avec des personnages (pas si) fictifs et un autre contexte, que Samuel Le Bihan a souhaité raconter son parcours du combattant (ou des combattants, en l'occurrence). Puisque ce combat qui est le sien et celui de toute une famille est aussi celui de sa fille. Quand on connait la pudeur et la discrétion de l'acteur, on ne s'étonne pas du mode narratif qu'il a privilégié.

 

Dans ce roman, on suit donc le combat de Laura, célibataire et mère de deux enfants, dont l'un d'eux, le plus jeune, est atteint de troubles du spectre autistique (oui, c'est long, mais je déteste le mot "autiste", bien trop réducteur à mon goût, compte tenu de la diversité que recouvre ce handicap).

 

Tout au long de ce roman écrit avec brio, nous suivons ce long et douloureux parcours, de l'annonce du diagnostic à la scolarisation de cet enfant, tant dans son aspect pratique que psychologique.

 

En filigrane d'abord, puis de plus en plus clairement ensuite, c'est également le parcours de Laura qu'on suit entre ces pages. Son parcours personnel, de femme cette fois. Avec tout ce qui en découle: ses sacrifices professionnels, ses envies, ses rêves, ses colères, ses déceptions, ses doutes, ses peurs. C'est alors l'histoire d'une longue et parfois douloureuse quête amoureuse à laquelle, nous lecteurs, nous assistons.

 

Au fond, c'est un fabuleux hommage aux femmes, aux guerrières qu'elles sont quand la vie s'acharne sur elles, quelle que soit la circonstance. Puis c'est un cri d'amour d'un parent à son enfant..

 

Ces deux histoires en une qui s'enchevêtrent vont connaitre des rebondissements pour le moins inattendus, aidées par quelques êtres humains aux allures d'anges gardiens...

 

J'ai dévoré ce livre. Pour plusieurs raisons que voici: c'était osé de faire le pari d'un roman d'amour sur ce sujet. Parce que véritablement, au-delà du handicap, des difficultés et des retentissements qu'il a sur la cellule familiale entière, c'est bien D'ABORD une histoire d'amour.

 

Pourtant, les écueils classiques du pathos guettaient. Et puis non, jamais! Samuel Le Bihan n'élude rien et c'est tant mieux. La réalité nue du handicap est là, simplement. Brute souvent. Tendre et drôle parfois. Effectivement, j'ai pas mal ri à différents moments! Parce que le handicap, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, c'est aussi de l'humour... beaucoup d'humour! 

 

Autre raison: j'y ai reconnu là mon propre parcours. Parce que finalement, une personne en situation de handicap, quel qu'il soit, est confrontée à tout ça, fatalement. Malheureusement. Et la famille entière par ricochet. C'est en outre le parcours de celle que j'appelle "maman" depuis ma naissance (du moins depuis que je sais parler, n'exagérons rien!) que j'ai parfaitement identifié.

 

Mais ce serait mentir que de dire qu'à travers l'histoire et les personnages qu'il a imaginés on ne retrouve pas tout de Samuel Le Bihan, au minimum en tout cas celui qu'on connait à l'écran dans les rôles qu'il incarne. Son écriture parle pour lui. Il y a tout de sa dualité cinématographique, des rôles de taiseux, du pince-sans-rire, au gros dur au cœur tendre. Une sorte d'Alex "La Tendresse" au féminin, cette Laura! J'aime à penser d'ailleurs qu'il y a, dans ses rôles ou dans les mots qu'il a posés tout au long de ces 246 pages, entre des passages romancés, beaucoup de ce qu'il est dans l'intimité...

 

Enfin, la dernière raison qui m'a fait dévorer son livre, c'est la richesse du vocabulaire et la maitrise du style. Toute femme lettrée que je suis, je dois avouer que j'y ai appris quelques mots. Comme quoi, on en apprend à tout âge! Pour un roman, je ne m'attendais pas à ça. En général c'est un genre où le vocabulaire y est somme toute assez commun.

 

Le style n'est pas en reste. Il faut aimer passionnément la Femme pour réussir à se glisser comme ça dans sa peau, sa psychologie. Il n'y aurait pas eu de nom sur la couverture, on aurait pu penser que le roman avait effectivement été écrit par une femme! L'écriture s'avère être aussi délicate, sensible que passionnée, presque excessive et hystérique par moment, comme peut l'être une femme parfois. Sans compter les détails que pourtant seule une femme pouvait décrire avec autant de précisions. C'est par ailleurs tellement bien écrit et décrit, que j'ai pu mettre des visages sur les personnages.

 

Seule chose sur laquelle j'ai un peu tiqué sans toutefois en faire toute une histoire: la préface. Bien que très bien écrite par l'illustre personne qu'est Jean-Christophe Rufin, elle n'était pas à mon sens nécessaire. Même si je comprends que Samuel Le Bihan ait voulu, en lui laissant cet espace d'expression, mettre à l'honneur quelqu'un d'important, qui l'a beaucoup aidé, comme il l'a fait bien justement dans les remerciements.

 

Samuel Le Bihan acteur, c'était déjà quelque chose. Mais Samuel Le Bihan écrivain, alors ça, c'est un bonheur que je souhaite à tout le monde! J'attends avec une impatience non feinte un prochain roman... et pourquoi pas une suite à cette si belle histoire?! Car derrière l'apparente tristesse, derrière la bataille, la noirceur et la colère, l'acteur néo romancier signe un ouvrage d'une clarté et d'une joie incroyables. C'est bourré de lumière et de positivité!

 

Voilà un roman à conseiller à TOUT LE MONDE sans distinction, et qui, même s'il est d'abord destiné à faire jaillir des émotions, je l'espère fera avancer le combat mené non seulement en direction de l'autisme en France, mais plus généralement du handicap dans sa globalité et sa grande diversité... Sa visée informative n'est donc pas à négliger.

 

* A noter qu'une plateforme téléphonique devrait voir le jour bientôt, grâce à l'appui acharné de l'acteur et d'une armée de gens plus anonymes mais non moins courageux et déterminés.



23/01/2019
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