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Cali ou l'amour par-delà la mort...

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Il y a des livres qui, lorsqu'on les lit et selon ce qu'on vit, font autant de mal que de bien. C'est le cas pour le premier roman de Cali, intitulé "Seuls les enfants savent aimer", paru aux éditions du cherche midi le 18 Janvier 2018.

 

Pardon de paraphraser mais... "Si vous n'avez pas encore lu ce livre, je vous envie!" Vous aurez encore l'immense plaisir de la découverte.

 

J'avais, pour des raisons toutes personnelles, peur de me lancer dans cette lecture maintes fois repoussée. Et puis Cali est venu en parler dans une charmante librairie messine le 20 Mars. C'était il y a quelques jours et alors ça m'a convaincu de ne pas avoir peur de me plonger entre ces lignes. Avant cela, je n'avais rien voulu lire, rien voulu voir au sujet de ce livre, pour garder toute la fraîcheur de la découverte et ne pas me laisser influencer par tel ou tel papier, telle ou telle opinion.

 

"Seuls les enfants savent aimer", c'est avant tout le titre d'une chanson présente sur le dernier album de Cali, intitulé "Les choses défendues". C'est désormais le titre de son premier roman.

 

Maman. S’il est un mot magnifique dans notre langue, comme dans toutes les autres langues du monde d’ailleurs, c’est bien celui-là. C’est même le plus beau, je crois. Lorsqu’on ne peut plus le prononcer, ou quand on le fait mais que plus personne ne répond à l’appel, que le mot se cogne partout pour nous revenir droit dessus, c’est tout notre monde qui s’écroule, c’est toute notre vie intérieure qui s’arrête. Quel que soit notre âge. Mais bien plus encore lorsqu’on a six ans et que l'innocence enfantine domine.

 

"Seuls les enfants savent aimer", c’est l'histoire d'une quête d'amour, son histoire, sur une période qui couvre sa 6ème et 7ème année. Un petit garçon devenu le poète Cali, dont la plaie constituée par la mort de sa mère reste béante et avec lequel on souffre à chaque page.

 

Si Cali a toujours eu l’habitude dans ses chansons de livrer de façon plutôt brute les sentiments humains les plus profonds, positifs ou négatifs, grâce à son écriture vive et précise, on pouvait déjà aisément penser qu’écrire l’amour et la passion revêtait pour lui un caractère salvateur. En lisant son premier roman, j’ai confirmé cette impression qui ne m’a pas quittée, page après page : écrire ce livre a sans doute eu pour lui une dimension réellement cathartique.

 

J’ai compris avec encore plus d’acuité l’importance de son énergie sur scène, des mots justes et ciselés dans ses textes, qui sont, j'en ai toujours été convaincue, un bout de ce qu'il est. L’importance de ses sourires, de sa générosité, de son amour de l’Autre, de son attention prêtée à l'Autre. Je comprends toujours plus sa personnalité généreuse, humaniste et altruiste, son besoin furieux, irrépressible et sans fin de reconnaissance, d'attention, d'amour. En recevoir, oui, mais en donner aussi. Beaucoup, sans cesse. Je comprends encore mieux les sources d'inspiration qui ont donné naissance aux magnifiques textes de ses chansons. Je comprends mieux son regard bienveillant, tendre sur chaque personne qui croise sa route. Je comprends soudainement le sens profond des mots de chacune des dédicaces qu'il m'a faites au fil des rencontres avec lui. L’importance de ses slams, de sa douce proximité tactile avec nous, son public fidèle. Les slams sur le public, ça porte, ça berce, ça bouscule gentiment. Un public c’est maternant, quelque part. Il n’y a donc pas qu’un chien qui soit doux comme une maman...

 

En fait, en lisant ce livre, on comprend encore plus et encore mieux qui il est, pourquoi et comment il en est arrivé à être l'adulte qu’il est aujourd’hui. Quand on arrive au dernier mot de la dernière page, on a envie de pleurer, ce qu'on a fait durant toute la lecture du reste, on a les yeux mouillés, la gorge serrée. On aurait presque envie d’aimer les cons ou même son voisin, qu’on trouvait pourtant bien emmerdant jusque-là! Plus sérieusement, on a surtout envie d’appeler sa maman pour lui crier qu’on l’aime, lui dire "merci", "pardon" et plein d’autres trucs comme ça.

 

La mère, thème intemporel, universel par excellence, pourtant maintes fois mais magnifiquement écrit et chanté, est ici célébrée de manière unique. C’est bouleversant, déchirant. Alors on a aussi envie d’aimer et entourer Cali encore plus, si toutefois c’est possible. Après tout, un cœur d’admirateur (trice) ne se fatigue jamais d’aimer, il y a toujours l'énergie et la place pour ça. On a envie de lui dire bien droit dans les yeux qu’on ne le laissera pas, jamais, qu’on sera toujours là, qu’il mérite tout ça, toute cette belle vie. Cali… Câlin… A une lettre et un accent circonflexe près, on y est!

 

Cali fait ici prendre brutalement conscience que finalement, quand on perd sa maman, on reste ou on redevient soudainement un enfant devant cette perte irréversible, ce vide immense qui ne se comblera et ne guérira jamais. C’est une mort qui n’est pas la sienne mais dont on ne revient pourtant jamais non plus, ou plus tout à fait pareil. Cet écrit démontre l’importance du processus de deuil, de la parole, des actes posés, de l’échange entre membres d’une même famille.

 

Au fil des lignes que nos yeux parcourent, on suit les péripéties de ce petit garçon, coincé entre ses actes de petit garçon, ses bêtises, petites et grandes, et son inépuisable besoin d'amour maternel qui restera à jamais insatisfait, mais qu'il cherchera inlassablement partout, dans toutes les figures féminines qu'il croisera. Même auprès de cette petite chatte. Auprès de son père également, resté inconsolable et incapable de consoler. Ce père qu'il essaiera de protéger comme il peut et qu'il ne cessera jamais d'aimer, malgré toutes les maladresses. On ressent d'ailleurs tout l'amour que cet homme brisé porte à ses enfants, ainsi que l'amour que se porte la fratrie. On perçoit nettement l'importance non négligeable des grands-parents, comme un prolongement logique de l'amour parental.

 

On y croise l'importance de l'amitié, à l'image de celle, magnifique, exclusive, sans concession, qu'il va entretenir avec Alec, qu'on perçoit être pour lui un modèle, un idéal, qu'il met sur un piédestal.

 

Mais la vie du petit Bruno, c'est aussi... les filles! Et plus particulièrement la jolie Carol, qui n'a de cesse de chambouler tout son être.

 

Avec ce premier roman écrit à hauteur d'enfant, on pleure. Beaucoup. On s'émeut. Tout le temps. On rit. Parfois.

 

C'est superbement écrit, décrit, parfois violent, cru. C'est tout Cali. Les souvenirs, qui se confondent avec l'imagination enfantine, sont vifs, précis. Finalement les deux se mêlent, on ne sait ce qui a été inventé ou réel et dans le fond, on s'en fout. Parce que c'est juste beau, subtil. Et déchirant. Infiniment triste et déchirant.

 

Oui, ce roman est aussi brutal et triste dans son expression qu'il regorge de tendresse pour cette enfance, ceux qui l'ont habitée avec lui et que la vie lui a volée. On se met à sa place, on se rappelle les personnes qui ont perdu une maman autour de nous et même si, heureusement, la vie nous a préservé jusque-là de cette tragédie, on se dit qu'un jour, nous aussi, on aura à nouveau 6 ans...

 

Ce livre c'est, au-dessus du tragique, un hymne à l'amour des présents. Parce qu'en filigrane il y a malgré tout cette flamme de la vie qui brûle toujours, cette idée d'aimer et de dire l'amour à ceux qui sont encore là, tant qu'il est encore temps. Le dire partout, tout le temps, de n'importe quelle manière.

 

Je n'ai pas pu lire ce roman d'une seule traite. J'ai du faire des pauses. Parce que parfois c'est suffocant. D'amour, de bonheur, de désespoir.

 

Mais comme dans toute l’œuvre de Cali, il y a derrière la noirceur extrême l'idée de résilience, de reconstruction. C'est donc aussi un roman plein de futur, d'espoirs, de couleurs. Parce que l'enfance a cela de beau qu'elle renferme en elle tous les possibles. Elle ne s'interdit pas de revivre à nouveau, permet d'être à nouveau heureux. De recommencer. Ou plutôt continuer, autrement.

 

Je vous conseille mille fois de lire ces 189 pages. Parce que nous sommes tous, ou nous serons tous potentiellement concernés par cette perte, un jour. "Seuls les enfants savent aimer", du haut de son statut de roman, n'avait jusque-là aucune prétention. Pourtant je suis persuadée qu'il pourra aider celles et ceux qui ont perdu leur maman, qu'il leur permettra de libérer, apaiser quelque chose en eux. Et pour les autres comme moi qui ont la chance d'avoir encore leur maman, ce livre leur permettra de l'aimer toujours plus...

 

Parce que la mort arrache physiquement les êtres aimés. Oui. Mais elle reste à jamais vaincue sur un aspect: elle ne peut enlever ni l'estime, ni l'amour ou l'amitié que se portent deux êtres. En cela, la mort ne peut rien. La mort n'existe pas, définitivement...



23/03/2018
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