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L'éloge de la beauté selon David Foenkinos

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J'écris cette chronique comme à mon habitude après 22h, alors que je viens tout juste de refermer "Vers la beauté", le dernier roman de David Foenkinos, sorti le 22 Mars 2018. Un nouveau roman de David Foenkinos, c'est toujours un événement que j'attends avec une impatience toute unique.

 

Je vous le confesse sans honte, j'avais eu, pour la première fois depuis son premier roman, bien du mal à me plonger dans son précédent, "Le mystère Henri Pick". Lasse, j'avais capitulé en plein milieu, alors que je m'étais efforcée de l'atteindre. Ce sont des choses qui arrivent et c'est juste une affaire de goût.

 

Cette fois, la donne est totalement différente. Ce n'est pas un roman, c'est au-delà, de l'ordre du chef-d’œuvre. Un véritable coup de cœur, le même que j'avais eu pour "Charlotte", autre chef-d’œuvre absolu, pour d'autres raisons.

 

Si vous êtes habitués de sa plume particulière et reconnaissable entre mille, que vous avez en votre possession ce dernier-né et que vous ne l'avez pas encore lu, vous allez une fois de plus vous régaler. Si c'est la première fois que vous lisez cet auteur, vous allez devenir accro.

 

Pour moi c'est la plus belle histoire jamais écrite jusque-là dans sa bibliographie. Du premier au dernier mot, on ne peut tout simplement pas lâcher ce livre.

 

Il est difficile d'en dire assez pour donner envie aux autres de le lire sans tout de suite risquer d'en dire trop et gâcher le plaisir.

 

Mais je peux néanmoins dire qu'on se retrouve embarqué au cœur de l'histoire trouble de l'étrange Antoine Duris, professeur aux Beaux-Arts de Lyon, passionné par Modigliani. Empêtré dans sa relation de couple qui s'éteint, on comprend néanmoins mal la réaction de ce passionné d'art, Maître de Conférence apprécié de tous, lorsqu'il décide de tout quitter du jour au lendemain pour un modeste emploi de gardien de salle au musée d'Orsay, à Paris.

 

Certes on saisit vite son envie, voire son besoin vital de se faire oublier, mais pourquoi? Et puis, qu'est-ce qui le fascine tant dans ce portrait de Jeanne Hébuterne, dernière compagne de Modigliani?

 

Le destin tragique de cette femme dont il n'a de cesse d'admirer silencieusement la beauté sur cette toile, va faire qu'il croisera  la route de Mathilde Mattel. Puis on découvrira plus tard Camille.

 

Ce roman comporte réellement un avant/après, très net. Un avant et un après la découverte par le lecteur d'une tombe sur laquelle il est mystérieusement inscrit "Camille Perrotin 1999 - 2017", justement.

 

Si dans la première partie on se délecte de retrouver, en couleurs malgré tout, quelques marottes et autres notes de bas de page, des tics d'écriture, un prénom familier des lecteurs et lectrices assidu(e)s que nous sommes également (il me faut avouer que chaque fois que j'ouvre un de ses livres, ce sont ces éléments que j'espère toujours retrouver); dans la deuxième partie on bascule complètement dans la noirceur, la morbidité, la violence, la tristesse.

 

Mais dans l'intégralité du roman, c'est bien la beauté qui domine: la beauté des mots, la beauté des personnages, tant dans leur description physique que dans l'expression de leur psychologie et de leurs sentiments sous la plume de David Foenkinos. Même le tragique est d'une infinie beauté. Il n'y a qu'à lire cette scène d'une incroyable sauvagerie, que je ne révélerai pas, pour s'en convaincre. Ici aussi, l'auteur de génie sait mettre de la délicatesse dans les mots. Ç'en est presque incroyable. Je me suis demandé comment il réussissait ce tour de force, avant de me rappeler qu'il est, en tout cas pour moi, un de nos plus grands romanciers. C'est donc logique. Et il fallait au moins toute sa maestria pour écrire, décrire l'indicible de cette manière.

 

Pas un instant je n'ai pu imaginer ou prévoir l'histoire déchirante que mes yeux découvraient, ligne après ligne. Page après page, je suis assoiffée, je veux connaitre la suite. Je suis comme littéralement happée dans ce tourbillon littéraire. Jusqu'au fin mot de l'histoire, ce moment où l'on comprend tout, où le puzzle se recompose...

 

Alors c'est la stupeur qui domine. Je me suis surprise à voir clairement le visage des personnages, presque y mettre une voix, tant c'est si bien écrit. On souffre avec eux, on suffoque avec eux, on ressent tout avec eux, si bien que je suis parfois essoufflée, j'ai les yeux mouillés. Le destin croisé de ces personnages, que la beauté de l'art, mêlée à la bienveillance, sauvera momentanément ou sur un plus long terme, ce qui pourra mener à une guérison, ne peut laisser personne indifférent.

 

Dans "Vers la beauté", il y a un peu de "Charlotte" Salomon, un peu de "délicatesse" aussi. C'est violemment délicieux, ça se lit aussi vite qu'on prend son temps pour apprécier chaque mot, chaque tournure de phrase. Et comme à chaque fois, on est triste d'arriver à la fin. A ceci près qu'en plus ici on a du mal à reprendre son souffle et ses esprits. J'aurais voulu vous citer quelques phrases, mais comme d'habitude, le livre dans son entier est une citation à lui tout seul.

 

Tout comme l'écrivain en lui-même, en véritable Artiste, illustre parfaitement le postulat de départ de sa nouvelle histoire: la beauté de l'art, le sien en l'occurrence, peut sauver.

 

En effet, dans chacun de ses romans je me suis un peu ou beaucoup identifiée aux situations, reconnue dans l'un ou l'autre de ses  fabuleux personnages. A tel point que je me questionnais à chaque lecture: comment fait-il pour écrire ces belles histoires humaines, complexes et pourtant tellement ordinaires au fond, en s'approchant si près de mon vécu, de mes sentiments? Peut-il lire dans les pensées?! Hypothèse ridicule s'il en est! Reste que cela procure un bien-être, presque un soulagement, immense. Ce roman ne fait pas exception à la règle. L'écriture, l'art de David Foenkinos, est véritablement thérapeutique par sa beauté.

 

Jetez-vous (doucement!) sur ce roman et laissez-vous (em)porter. David Foenkinos est l'auteur que j'ai le plus chroniqué sur ce blog. Dites-vous que c'est tout sauf un joli coup du hasard...!

 

Après la déception toute personnelle de son précédent roman, qui contraste avec la nouvelle belle réussite en tandem au cinéma avec son frère Stéphane, avec qui il a réalisé "Jalouse", je suis heureuse d'avoir retrouvé la superbe d'un auteur qui ne cesse de se renouveler et surprendre, pour le meilleur et rien que pour ça...



06/04/2018
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