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Le coin lecture...


Gaëtan Roussel dit au revoir... dans un livre

 

 

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Alors que je viens tout juste de vous parler de son nouveau projet musical Lady Sir, je vous avais dit que j'écrirais sur cette nouveauté littéraire. Magnifique nouveauté. Chose promise, chose due. Voici donc quelques mots...

 

Je connaissais bien sûr déjà l'écriture de Gaëtan Roussel par les chansons qu'il a écrites pour Louise Attaque, pour lui-même ou d'autres Artistes. Cette écriture ciselée, précise, percutante et d'une infinie poésie délicate. Aussi pudique que crue, aussi douce que violente, aussi éclatante que sobre. Cette écriture reconnaissable entre mille.

 

Les 20 courtes nouvelles qui se trouvent au cœur de "Dire au revoir" portent entre leurs lignes ces mêmes caractéristiques.

 

20 nouvelles comme autant de façons de dire au revoir. 20 trajectoires de vie avec ses protagonistes aussi forts que fragiles. Mais elles ont toutes un élément commun: l'amour, exploité sous ses aspects les plus divers.

 

Ce livre s'ouvre sur une citation de Leonard Cohen, que Gaëtan Roussel affectionne particulièrement. Pour l'avoir souvent entendu le dire lors d'interviews, je m'attendais à la trouver là, je l'espérais cette citation. Parce que c'est vrai qu'elle est belle et correspond parfaitement au livre.

 

Tout comme il disait aussi qu'il aimait mieux l'au revoir que l'adieu. "Parce que dans "au revoir" il y a "revoir"", disait l'Artiste. Y aurait-il là une certaine notion de l'éternité, de l'infini recommencement, de la perpétuité d'un lien qui pointe le bout de son nez?...

 

Ma lecture commence. Phrases courtes, brutes, sèches, qui claquent comme un fouet, phrases ou mots répétés, inversés même. J'adore ça. C'est brillant comme procédé. Il fallait y penser, ça ajoute véritablement de l'émotion. Les mots dansent, valsent, tourbillonnent, s'abattent. Une musique qui rythme cet ensemble se forme à mesure que ma voix intérieure recrache ce que mes yeux avalent. Ce sont des chansons de son vaste répertoire qui se rappellent à moi en fonction de ce que je lis et qui viennent alors s'immiscer dans mon esprit. Bel accompagnement!

 

Les mots répétés ne sont pas n'importe lesquels. On y trouve des prénoms et surtout le plus beau et doux mot de la langue française et du monde: maman. 

 

Dans cette prose qui souvent rime, il y a deux notions importantes, sans doute paradoxales, qui s'imposent dans chaque nouvelle, telle une obssession: le cadre et le mouvement. Et puis l'aujourd'hui, mais curieusement très peu d'hier et de demain. L'instant présent s'étire. La vie ne se vit donc bien que dans l'instant présent? La vie n'est-elle qu'un gigantesque instant présent?

 

Oui, dans ce livre il y a aussi des questions. Qui appellent ou pas une réponse. Qui font sérieusement réfléchir en tout cas.

 

Si on est un tant soit peu sensible, en soi comme à la poésie en général et à l'univers de Gaëtan Roussel en particulier, on ressort de cette lecture un peu bousculé et complètement séduit. Chacun, c'est sûr, y retrouvera un petit bout de son être, un écho à sa propre histoire. 

 

Encore une fois c'est un défi de plus relevé avec brio. Ce livre invite vraiment à se poser (les bonnes questions). J'espère voir réitérer ce genre de projet...


22/04/2017
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Dans l'intimité d'Elie Semoun

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Vous qui êtes fidèles au blog (du moins je l'espère!), vous l'avez sans doute lu dans cet article, le 8 Décembre dernier, j'ai revu Elie Semoun sur scène pour son spectacle "A partager". 20 ans ont passé depuis l'unique fois où j'avais eu la chance de le voir, mais je l'ai toujours suivi dans ses passages télé, j'ai toujours gardé intacts l'admiration et l'intérêt réel pour son travail.

 

En sortant ce soir-là, forte de la confirmation de l'idée que je m'étais faite de lui et des souvenirs impérissables qu'il avait laissés dans ma tête d'enfant, j'avais envie d'en savoir plus. Quoi exactement? Je n'en savais rien. Je n'avais pas d'envies et d'idées précises, moi qui ne suis pas de ces gens qui traquent les moindres détails privés. Sans doute aimerais-je ce que je pourrais seulement trouver. Son passage récent dans l'émission "Thé ou café" avait ouvert une voie. J'avais déjà aimé ses propos sur les différents sujets abordés.

 

En partageant avec lui quelques furtives minutes en fin de spectacle, j'avais en plus décelé certaines choses derrière son regard d'adulte resté un enfant. Cet espèce de regard qui m'a ému, qui dit tant de choses en silence et ne trompe pas quand on est un peu observateur. Mais qui êtes-vous, Elie?

  

Je n'allais pas tarder à le savoir. En cherchant un peu je tombe sur son autobiographie, publiée en 2013. Quoi?! Il a publié son autobiographie et je ne le savais pas?! Mais comment j'ai pu passer à côté, moi qui ne rate rien le concernant?!

 

Je l'ai donc commandée. Un bel objet, une belle couverture. Ça s'appelle "Je grandirai plus tard", mais ça aurait pu aussi s'appeler "Au-delà des apparences" ou "Derrière le masque". A l'intérieur, au centre, quelques pages illustrées. De jolies photos et des documents émouvants.

 

Et puis il y a les propos, son histoire. Une histoire douloureuse dont j'ignorais la majeure partie...

 

Ne vous attendez pas à lire un livre drôle. Dites-vous plutôt que vous aurez droit à un livre sensible, sincère, mélancolique, d'une profondeur que je n'imaginais pas. Elie Semoun n'élude rien: ni ses fautes, ni ses regrets. Encore moins ses blessures les plus intimes. Et Dieu sait qu'il n'y a rien de plus difficile que de mettre en mots le plus intime de soi, de ses pensées à des événements plus concrets.

 

Elie Semoun y parle aussi de ses passions que sont la musique ou la nature. Il y dévoile pudiquement, joliment mais de manière très forte ses amours, ses amitiés, ses liens familiaux.

 

Pour autant, ce n'est pas un livre niais, pleurnichard ou hypocrite. Rien n'est dit dans l'idée d'apitoyer, de vouloir "faire bien". S'il y a un endroit où l'Artiste laisse à la porte l'assurance artistique et l'humour qu'on lui connait, son ego aussi (bien que je n'ai jamais trouvé qu'il en fasse un usage indécent), c'est entre ces pages.

 

Au fil des chapitres qui défilent et tout au long desquels on garde sa voix et son visage espiègle en tête, alors que le livre offre une belle perspective pour apprécier son ascension, ses projets, ses habitudes de travail entre autres, se dessine le portrait d'un homme sensible, constamment dans le doute, le questionnement. Un homme courant après l'amour sous toutes ses formes, y compris l'amour le plus important dans une vie mais qui, hélas, ne viendra plus.

 

Voilà qui permettra, je l'espère, à ses détracteurs qui s'acharnent régulièrement, de se dire qu'il est juste un être humain, avec tout ce que ça comporte. Et qu'un peu d'ouverture d'esprit, de compréhension, d'empathie ne font aucun mal.

 

Entre les apartés de Sophie Brugeilles, qui a collaboré sur le livre, et quelques extraits de sketchs, certains passages m'ont vraiment soulevés le cœur, tant ils m'ont été insoutenables, petite éponge que je suis. Des passages où l'on plonge et souffre avec lui dans ses douleurs abyssales, qui semblent si incurables et dont on voudrait pourtant tellement l'en soulager. Mais peut-être est-ce aussi parce que beaucoup de ses propos ont fait écho d'une certaine manière à ma propre histoire, ma propre personnalité...

 

Comme une apothéose, la dernière page, écrite avec une force émotionnelle telle, ainsi que l'épilogue, vous laisseront véritablement cois...

 

Chères lectrices, chers lecteurs, si vous cherchez à lire l'autobiographie d'une personne qui vous étonnera autant par sa personnalité, multiple, que par son parcours professionnel, si vous souhaitez découvrir une personne talentueuse, vraie et attachante, c'est vers ce livre qu'il faut vous diriger! Offrez-vous cette plongée au cœur de l'âme humaine, qui parlera, j'en suis sûre, à bon nombre de gens. Parce que finalement, les joies comme les drames, sont universels...

 

Et si je peux vous donner un dernier conseil, lisez ce livre avec un des deux albums d'Elie (en attendant le prochain) en fond sonore. Il y a de si jolies pépites dessus que la lecture n'en sera que meilleure!


07/02/2017
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"Autobiographie d'une Courgette", de Gilles Paris

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Chers rêveurs, voilà une chronique que vous allez adorer! Du moins je vais tout faire pour, faites-moi confiance!

 

Le livre que je vous présente ce soir vient d'un auteur vivement conseillé par une amie lectrice, il y a plusieurs mois de cela: "Tu ne connais pas encore Gilles Paris?! Tu verras, tu vas adorer, je le sais! Lis vite ses livres! En plus c'est un homme absolument adorable!". Effectivement, en lisant le résumé du livre, je savais que l'histoire me toucherait, sans pourtant me douter complètement de ce que je pourrais y trouver.

 

Une première rencontre récente me permettra de remarquer que ce que Gilles Paris montre de lui dans l'univers virtuel et ce que mon amie m'en avait dit est en totale cohérence avec ce qu'il est réellement. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce trait de sa personnalité transparait dans ses écrits.

 

Je décide de me pencher enfin sur un de ses romans que j'ai en ma possession.

 

"Autobiographie d'une Courgette", c'est l'histoire d'Icare, mais tout le monde l'appelle Courgette. Il a 9 ans mais déjà une vie bien douloureuse à porter. Livré à lui-même, sa maman est alcoolique, lui crie dessus tout le temps et son papa "est parti faire le tour du monde avec une poule", selon les dires de sa maman qu'il répète et comprend ainsi. Un jour, un événement dramatique change le cours de sa vie, qui bascule. Son monde s'effondre: son cadre, ses habitudes, son entourage. Alors c'est toute une ribambelle d'enfants et d'adultes qu'on va découvrir autour de lui. Au fil du roman, Courgette va découvrir une nouvelle vie et de nouveaux sentiments.

 

Ce roman, c'est l'histoire d'une vie brisée, raccommodée progressivement aux délicats fils de tendresse et de patience déployées par les personnages que la Vie mettra sur sa route et qui feront office de pansements, presque de remparts au désespoir.

 

Gilles Paris a pris le parti de se mettre dans la peau d'un enfant de 9 ans pour écrire. Et je me dis que c'est une entreprise courageuse, osée, qu'il n'y a rien de plus difficile que ce style d'écriture. On peut vite tomber dans l'exagération, la caricature.

 

Après l'avoir lu, je peux vous certifier que Gilles Paris rejoint sans peine le cercle de ceux qui ont adopté un tel style avant lui avec brio, à savoir l'immense Raymond Queneau et sa petite Zazie, ainsi que Salinger et son grand dadais de Holden Caulfield. J'ose la comparaison parce que c'est celle qui m'est venue spontanément. Même si le niveau de langage et l'âge des personnages ne sont pas les mêmes, on est dans le même esprit. Et c'est juste magnifique.

 

Et qu'est-ce qu'on y trouve dans ce roman? Je vais vous dire que ça dépend de la façon dont vous l'avez lu. Je m'explique: ce roman offre la possibilité de deux positionnements pour le lire.

 

J'ai commencé par le lire avec à proximité un paquet de bonbons Haribo et un chocolat chaud. Histoire que mon âme et mes yeux d'enfant ne soient jamais très loin. J'ose d'ailleurs espérer pour vous que vous ne les ayez pas paumés en cours de route, moyennant quoi je vous plains vraiment. Autant dire que vous êtes foutus pour le restant de vos jours! La vie ne sera pas facile pour vous! Pour ma part, de cette façon j'ai beaucoup ri. Parce que le langage enfantin, écrit comme on parle, les mots répétés (le "et" en est un bel exemple), les expressions imagées d'adultes interprétées par l'imagination et la réflexion fertiles, farfelues et alambiquées des enfants, les bêtises enfantines, les gros mots, moi, ça me fait toujours rire. Et puis... C'est vrai... qui n'a jamais roté et pouffé après avoir bu une boisson gazeuse?! Que celui-là me jette la première pierre! Il est si drôle ce langage enfantin! Je ne saurai vous donner un exemple précis, tant le livre est un jardin de bons mots. "Tu fais chier, La Courgette!"! Voilà une phrase qui m'aura fait rire tout du long, tant j'entends cette petite voix enfantine la dire! Je visualisais le visage du personnage aussi, et c'était délicieux!

 

J'ai été très émue. Parce qu'au fur et à mesure que se sont égrainées les pages, je me suis rendue compte qu'un enfant, ça entend, voit et comprend la Vie avec une acuité bien plus grande qu'on ne peut le croire. ça comprend même des choses très profondes et implicites que les adultes ne voient pas ou plus. Ou pire, des choses qu'on cache aux enfants, croyant naïvement qu'ils n'y verront rien. Les plus naïfs ne sont pas ceux qu'on imagine, parfois... Je me suis rendue compte que la naïveté et la candeur sauvent. Les enfants peuvent bien traverser les pires épreuves, pour un peu qu'ils aient l'esprit rêveur et l'imagination débordante, ils voient toujours les choses avec de la couleur et de l'espoir. Mais ça, peut-être que par la force des choses je le savais déjà et que je ne voulais pas le voir... Allez savoir... De même qu'on peut leur faire subir les pires choses, ils auront toujours de l'amour au fond d'eux, spécialement à l'encontre de leurs parents.

 

Une fois que j'avais fini la lecture, j'ai arrêté de boulotter mes Haribo et ma tasse de chocolat était vide. J'ai su qu'il était temps de passer à une interprétation adulte de ce roman. Des Courgette, des Camille, etc... Ces situations... Et puis des z'éducs, des Madame Papineau et des Monsieur le Juge, j'en ai croisés pléthore pendant que j'étais étudiante assistante sociale. Ce roman m'a replongé dans un quotidien que j'ai connu de près, trop près peut-être, avec toute la violence que ça comporte. Au travers des mots d'enfants, avec pudeur, candeur et humour, on décèle pourtant très vite la dureté et la complexité de ces histoires de vie, de la violence de celle-ci qui frappe l'enfance, période importante, qui forme l'adulte de demain. Cette période sensée être la plus belle, la plus saine et la plus sécuritaire pour un enfant. ça a fait remonter chez moi des sons, des mots, des images. ça amène à un questionnement à la fois simple et complexe: l'enfance, par la naïveté dont je parlais, est-elle la période la plus propice au mécanisme de résilience? Cette période permet-elle de pouvoir tout pardonner? Peut-on, un jour, tout oublier? Ce roman devient alors une véritable chronique sociale de la violence quotidienne et malheureusement ordinaire.

 

Et c'est là où c'est très fort. Réussir à évoquer des actes des plus horribles, les indicibles horreurs touchant des enfants, en adoptant le positionnement d'un enfant, son langage, sa vision des choses... ça n'enlève rien à la violence, je dirai même que je l'ai ressentie comme exacerbée, ça la rend d'autant plus insupportable et révoltante, mais étrangement ça se lit plus facilement. Et parce que l'enfant dédramatise, on se laisse happer.

 

Au final, Gilles Paris signe un livre bienveillant, tendre, drôle, bien que la violence sous-tendue ne quitte jamais l'esprit du lecteur. La richesse du style, la justesse avec laquelle il est employé donnent toutes leurs forces à cette histoire qui se finira comme elle a commencé: dans la beauté.

 

Il faut avoir un sacré enfant intérieur pour écrire ainsi... Il doit être bien bruyant chez Gilles Paris!

 

Je saute maintenant sur un deuxième roman, du même auteur, dont je vous parlerai très vite!


21/09/2014
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"Charlotte": mise en lumière d'un génie au destin brisé, par David Foenkinos

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Voici que je vous présente le premier livre d'une longue série, en cette rentrée 2014. Vous le savez, David Foenkinos est mon auteur favori depuis j'ai eu entre les mains sa "Délicatesse" en 2008.

 

Lorsque je me suis offert son nouveau roman à sa sortie le 21 Août, j'ai d'emblée été emballée par le sujet, qui me touche fortement.

 

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, jeune artiste juive au destin tragique et à la vie familiale compliquée et mouvementée, morte à Auschwitz à 26 ans, alors qu'elle était enceinte.

 

J'ai comme toujours été happée, subjuguée par l'écriture, pourtant si différente par rapport aux romans antérieurs auxquels David Foenkinos nous avait habitué.

 

Effectivement, pour ce roman auquel il pensait depuis longtemps, on découvre des phrases courtes: sujet, verbe, complément. Sans aucune autre forme de fioriture. Et puis il y a le point qui tombe. Lourd. Comme pour souligner la dureté d'une époque, d'un destin, d'une histoire de famille. Lourd comme cette fin qu'on pressent inéluctable au fur et à mesure de la lecture, mais qu'on espère pourtant autre. Lourd comme le poids des sentiments et des vies, portés par les frêles épaules de Charlotte.

 

Exit les marottes, les personnages récurrents, même si on retrouve facilement les tournures de phrases et formules poétiques qui lui sont propres et qu'un lecteur passionné par l'auteur reconnait dès les premiers mots.

 

David Foenkinos emploie parfois la première personne du singulier pour évoquer ses recherches, ses découvertes, ses sentiments.

 

Ce roman, c'est de la poésie à l'état pur, brute, en prose. Hommage vibrant, sincère, fait avec force, et qui semble traduire la passion, la fascination, presque l'amour même, que porte l'auteur à Charlotte. Peut-être devine-t-on également une espèce d’obsession de sa part, lorsque, à la découverte des lieux qu'elle a traversé, il s'en voit interdire l'accès. On le sent imprégné d'elle, de tout ce qui faisait Charlotte. En tout état de cause, David Foenkinos lui a rendu, par ce roman, la considération que tout un chacun doit à un être humain et la reconnaissance de son talent. Tout cela,  elle n'y avait pas eu le droit de son vivant.

 

C'est souvent violent et fiévreux, mais pourtant un nuage de tendresse ne cesse de planer sur toutes les pages. Et c'est semble-t-il à l'image fidèle de la personnalité et de la vie toute entière de Charlotte Salomon.

 

Je ne connaissais pas cette artiste, et avec ce roman, j'ai envie maintenant d'aller plus loin, d'en savoir plus. Elle m'est apparue comme une femme libre, insoumise, pleine d'envies et de rêves, sans doute en avance sur son temps, avec la fraîcheur de son jeune âge. Tout ce que je peux aimer.

 

Mais ça m'a aussi fait réfléchir sur certaines questions: qu'est-ce qu'un génie, au fond? Quel est, et d'où vient ce déclic qui pousse un jour à une frénésie créative, ultime essai de propulsion vers une pulsion de vie qu'on espère salvatrice? Les esprits torturés forment-ils réellement le génie? L'art peut-il vraiment sauver?

 

Une chose est sûre: s'il ne l'a pas sauvée, cet art aura survécu à Charlotte Salomon. Les dessins qu'elle a laissé en héritage l'ont au moins sauvé de l'oubli. Et David Foenkinos aura contribué à mettre en lumière et sublimer le travail d'une jeune femme trop tôt et injustement disparue, folie dévastatrice oblige. Mais laquelle, finalement? Celle d'un seul homme ou celle de toute une famille? Et si c'était les deux? Si la guerre ne l'avait pas tuée, aurait-elle survécu?

 

La folie. Voilà, si ce n'est LE thème central, au moins un des thèmes du roman. La (les) passion(s), le poids d'une histoire, d'un non-dit, d'un secret de famille sur la descendance. Et puis il y a aussi et surtout l'amour et la haine qui s'entremêlent ici. Parce que oui, ce livre est aussi le prétexte pour analyser la complexité des rapports amoureux au sein d'un couple ou d'une famille. Et c'est magnifiquement écrit.

 

C'est un roman dont on ne sort pas indemne, qui bouleverse, fait réfléchir et incite à la curiosité artistique.

 

Qui dit roman, dit vérité embellie, fiction. Où est le vrai, où est le faux? Impossible de le déceler, tant tout concorde. Et à la limite, chers lecteurs, je m'en fiche. La beauté est partout.

 

Encore une fois, j'ai versé quelques larmes en refermant ces pages trop vite lues, d'une traite. Précipitez-vous, lisez, découvrez, soyez curieux. Et n'oubliez jamais ensuite. C'est cela aussi, le devoir de mémoire. Sous un autre aspect, mais cela en fait partie. Pour le bien de tous.

 

Quant à l'auteur, que son écriture soit grave ou légère, je reste fidèle parce que je ne cesse de vibrer, livre après livre.


12/09/2014
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Olivier Delacroix ou l'art d'être humain

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Voilà un livre que je viens de refermer, émue, et que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt.

 

Ce visage vous dit surement quelque chose... si toutefois vous n'avez pas vécu sur Mars depuis 2011!

 

En effet, c'est à cette date qu'Olivier Delacroix a investi l'antenne de France 2 avec ses documentaires à thèmes, regroupés chaque Mercredi en 2ème partie de soirée dans son émission "Dans les yeux d'Olivier". Un rendez-vous que je ne rate sous aucun prétexte! Et le carton d'audience réalisé à chaque fois parle de lui-même. 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce journaliste-documentariste expérimenté dénote sévèrement par rapport aux codes trop bien établis de la profession. Par son look d'abord: dreadlocks et grosse barbe. Avouez que ce n'est pas si courant!

 

Son style de journalisme ensuite: véritable dévoileur et guérisseur d'âme, Olivier Delacroix n'est pas de ces journalistes malsains, qui vont chercher le scoop,  l'incroyable, le larmoyant ou le sensationnel dans les histoires qu'il présente. Je dirai qu'il porte à la connaissance de tous (et toujours avec le sourire et la bonne humeur!) des histoires de vie extraordinairement ordinaires, qui peuvent arriver à tout un chacun. Il met en lumière les "gens normaux", ceux qui se battent pour exister et survivre dans l'ombre et le silence des masses chaque jour, et relate, avec pudeur mais force et émotion, leur renaissance. Mais sans aucun voyeurisme, sans à prioris, préjugés ou méchancetés. Il leur permet de se libérer d'un poids, d'une souffrance, de la faire partager et peut-être redonner espoir à d'autres. Moi-même j'avais envoyé mon témoignage il y a quelques mois. Je n'ai pas été retenue, mais qu'importe. J'ai osé, et c'est déjà un énorme pas en avant... Ses docus sont la preuve qu'ils sont véritablement d'utilité publique, intelligents, riches.

 

Olivier Delacroix, c'est aussi une voix. Avant d'être la douce, chaleureuse et rassurante voix de ses documentaires, il a été celle du groupe de rock Black Maria. Très bon groupe s'il en est! Je vous encourage à écouter! D'ailleurs, un album est en préparation pour 2015! A guetter impatiemment!

 

Pour en revenir à ce livre qu'il vient de sortir, ce sont précisément les rencontres initiées lors de ses films qu'il a décidé de raconter. Mais en lisant, je me suis posée cette question, celle que je m'étais posée à moi lorsque j'ai commencé à écrire il y a quelques années: et si parler des autres ce n'était finalement pas la meilleure façon de parler de soi?

 

En effet, c'est lorsqu'il parle des autres qu'il se dévoile un peu dans ce qu'il est. Dans ce livre, il a décidé de confesser des moments importants de sa vie. Ainsi, vous le lirez relatant ses fêlures personnelles.

 

Vous verrez aussi que les sujets développés, le choix du thème de la toute première émission, etc... Tout a un sens, rien n'est hasard...

 

Au sortir de ce livre, je vous avoue que ça remue un peu de se dire que derrière ce grand bonhomme qui semble si sensible mais inébranlable, plein d'humanité et de sourires, se cachent de telles cicatrices. On ne soupçonne rien. Parce que comme chacun des témoins de ses films, il a ce petit truc en plus qui inspire le respect et la confiance: ça s'appelle la dignité.

 

Finalement, les histoires des gens qu'il met en lumière et sa propre histoire se rejoignent toujours, inévitablement... Et ce sous les traits du plus beau et difficile mécanisme: la résilience.

 

Vous l'aurez compris, ce livre est un essentiel que je vous conseille, parce qu'il remet les choses de la vie à leur juste place, en douceur, sans bousculade... Et si le travail d'Olivier Delacroix devenait un médicament remboursable?! ;-D


21/07/2014
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